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PUBLIÉ D'APRÈS LES MANUSCRITS ORIGINAUX par
CH. POTVIN.
PREMIERE PARTIE : LE ROMAN EN PROSE.
Jïïons
DEQUBSKE-MASQUILLIER , imprimeur de la Société des Bibliophiles belges. M DCCC LXVI.
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JJcrcetnil le (Gallois.
PREMIÈRE PARTIE:
LE ROMAN EN PROSE
DE LA FIN DU XII. e SIÈCLE,
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iez Festoire du seintime veissel que l'en apele Graal *, en quoi li pre- cieus sanc au Sauvéor fu recéuz au jor qu'il fu rois an croiz et crucefiez pour le sien peuple ra- cheter des poignes (Panier*. Josephus le mist an reraan- hrance par Fanoncion de la voiz d'un ange, por ce que la vérité fust seue par son escript de bons chevaliers et de bons preudesommes, conmant il voudront sou- frir poigne et travcillier de * |a loi Jhesucrist avan- cer, que il vost renouveler par sa mort et par son crucefiemant.
JJi hauz livres du Graal conroance u non du pere*et du fil et du seint esperit; ces trois perssones sont une sustance5, si est Diex,
Vamaktis dd Manuscrit ds Birni. — 1 Le graal. — » Le penle ai jor qu'il fn ernceflés por racheter d'infer. — 8 Por la loi. — « £1 non del père. — * Substance.
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et de Dieu si vient 1 li hauz contes del Graal, et tuit cil qui l'oent 2 le doivent antendre et oblier toutes les vileingnies qu'il ont an leur cuers. Car il iert mout profitables à touz ceus qui l'orront de cuer. Pour les preudesommes et por les bons chevaliers 3, les fez Josephus nos raconte ceste seinte estoire, por le lignage du Bon Chevalier qui fu après le crucefiement Nostre Seignor. Bons che- valiers fu il sanz faille, quar il fu chastes 4 et virges de son cors et hardiz de cuer et poissanz, et si ot tesches sanz vileignies. N'estoit pas bauz de parler et ne sanbloit pas à sa chière qu'il fust si cou- rageus; mès, par poi 5 de parole qu'il déloia à dire, avindrent si granz merveilles 6 en la greignor Breteigne que toutes les illes et toutes les terres an chéirent an grant doulor ; mès puis les remist il en joie par l'autorité de sa bone chevalerie 7. Bons chevaliers fu il par droit, car il fu du lignage Joseph d'Abarimacie. Et cil Joseph fu oncles sa mère, qui out esté sodoiers Pilaste 8, ne ne demanda gerredon de son service autre que le cors au Sauvéour dt-spandrede la croiz. Li dons li sanbla estre mout granz quant il li fu ostroiez, et li gerredons sanbla estre mout peliz à Pilate. Car Joseph l avoit mout bien servi. Et se il li éusl demandé ne or ne terre en avoir, il li éust donné volentiers. Et por ce li fisl Pilate le don du cors au Sauvéor, car il cuida qu'il le déust vimant 9 traîner parmi la cité de Jérusalem, quant il l'éust osté de la croiz, et leissier *° le cors fors de la cité Â aucun vilein leu 11 ; mès li bons sodoiers n'an ot talent, ainz annoura 12 le cors au plus qu'il pot, ainz le coucha u seint monument et garda la lence dont il fu féruz 13 et le seintime veissel en quoi cil qui le créoit reciurent 14 péoureusement le sanc qui découroit de ces 15 plaies quant il fu mis an la croiz. De cest lignage fu li bons Chevaliers por quoi cist hauz estoires est traitiez. Ygloas 16 ot non sa mère, li rois Peschierres fu ces oncles, et li rois de basse gent 17 qui fu nommez Pelles, et li rois qui fu nommez
1 Si niuel. — * L 'oient. — * por les boos chevalier* dont on oru ramenievoir les fais. — * Castes. — 5 Par moult pou. — « Meschéances. Ce mol de Berue est plus conforme au sujet. — ' Par sa bone chevalerie.*— 8 Pylate VII ans. — » Vmant (Vilement) est laissé en blanc dans Berne. — m Laissiet.— 11 Lieu. — » Honora — 13 Féruz el costé. — 14 Eq quoi cil qai le créoient reciurent. Ces mots manquent à notre Ms. — 15 Ses. — m Iglals. — « De la basse gent.
— 3 —
da Ghastel Mortel en cui il ot aulrelant de mal comme il en ot en cetui 1 de bien, où il an ot moût; et cist troi furent si oncle de par Yglaï sa mère qui mout fu bone dame et loial, et li Bons Chevaliers ot une serour qui ot à non Dindrane2. Cil qui fu chiés du lignage de par sa mère 3 ot non Nichodemus. Gais 4 li gros de la croiz des ermites fu pères Julien 5. Cil Juliens ot Vt frères, mout bons chevaliers autresint coume il fu. Et ne vesquirent chaucuns en lor chevalerie que XII anz 6 et morurent tuit d'armes 7 par lor grant hardement, por avencier la loi qui renouvelée estoit. Il furent XII frères. Juliens li gros fu li ainez, Gorgalians fu après , Bruns Brandalis fu li tiers, Bertholez 8 li quarz, Brandalus de Gales fu li quinz, Elinaus de Gavalon 9 fu li sistes, Galobrutes 10 fu li sestièmes, Meralis del pré del paiés fu li huitièmes, Frommers 11 de la vermeille lande fu neuvièmes, Melaarmaus d'Arban 12 fu li disièmes, Galiaus de la blanche tor li onzièmes, Aliliaus 13 de la gaste cité fu li douzièmes. Tuit cil morurent d'armes u service del seint propheste qui a voit renovelée la loi par sa mort, etpleissièrent ces armerais aus plus qu'ils porent 14 à lour povoir. De ces deus manières de genz dont vos avez oï les vois 15 et les recors, nos raconte Joseph us li bons chevaliers clèrs 16 que cil Bons Chevaliers an 17 fu estraiz, dont vos orroiz bien le non et la menière.
Jj'autorité de Tescripture nos dit que après le crucefiemant Notre Seignor, n'avença nus rois terriens tant la loi Jhesucril comme fist li rois Artus de Breteigne, par lui et par ces bons chevaliers qui repeirant estoient an sa cort. Li bons rois Artus, après le cruceûe- ment Nostre Seignor, si corn je vos ai dit, estoit mout puisanz rois 18 et bien créanz an Dieu, et mout avenoient de bones aven- tures an sa cort. Et avoit an sa cort la table raonde qui garnie estoit des meillors chevaliers du monde. Li rois Artus, après la mort son
1 Ces. H. — 1 Qui ot nom Dandraoe. — * Son père.—* Glais.— * Julien le gros des tans de Camaalot. — • Et ne vesqoi chalcuos que XII ans chevaliers. — 7 A armes. — • Ber- tholes li chaos. — • Elinaos d'Esea valor». — 10 Calobrutus. — 11 Fortunes. — '* D'Abanie. — 15 Alibans. — ,« Plaissierent ses eoemis à leur povoir. — « Les nons. — « Li bons clercs. — *• GhOTaliors fu. — « Notre Seignor, estoit si come je vos dis et estoit rois puisanz.
père, mena la plus hauste vie et la pf us cointe que nus rois menast onques, si que tuit li prince et tuit li baron prenoient exanple 1 à lui de bien feire. Li rois Artus fu X ans an tel estât, conroe je vos ai dit, ne n'estoit nus rois terriens tant loez corn il estoit; tant que une volentez delatanz 2 li vint, et commança à perdre le talant de largesce que il souloit avoir 3, ne ne voloit cort tenir, ne à Nouel, ne à Pasques, ne à Pentecouste. Li chevalier de la table réonde, quant il virent son bienfet alenti, si s'anpartirent * et conmanciérent sa cort à deloignier 5; car de IlIC et LXVI chevalier qu'il souloit avoir de sa meignie 6, n'avoit-il ore mie plus de XXV au plus. Ne nule aventure n'avenoit mès an sa cort. Tuit li autre prince avoient lor bienfet délaie por ce que il véoient li roi Artus meintenir si foiblement. La reine Guenièvre en estoit si dolante qu'ele ne savoit nul conseil 7 de li méismcs prendre 8, ne conment ele i pouisl mestre conroi se Diex ne Pi metoit. Dès ore commancera l'estoire.
Vje fu un jor de l'Acencion que li rois estoit à Kardeil 9. Et estoit levez du mengier, et aloit par la sale de chiez an autre, et esgarda et vit la reine qui estoit assise à une fenestre. Li rois ala séoir joule lui 10 et Pesgarda enmi le vis et vit que les lermes li chéoient des euz. « Dame, fist li rois, que avez-vos et por- quoi plourez-vous? » — « Sire, dit-ele, je ai droit se je plour. Vos méimes ne déussiez 11 vos pas mener joie. » — « Dame, cer.tes, non faz-je. » — « Sire, fet-ele, vos avez droit. Je ai yéu à cest jor ou à austres jors qui sanblabes estoient à celui de hautescé, que vos aviez si grant planté de chevaliers an vostre cort que à poignes les povoit l'an nonbrer i2. Or an i a si poi chaucun jor que j'en ai grant vergoigne, ne nule aven- ture n'i aviennent 15 mès. Si ai grant paor que Diex ne vos 14 ait mis en oubli. » — « Certes, Dame, fet li rois, je n'ai volenté de feire largesce ne chose qui tort à ennor 15. Ainz m'est mes
i Prenoient garde. — » Delaians. — 5 Souloit faire. — « S'en départirent. — 5 À eschiver cl à lalssier. — * Maisnie. — 7 Ne savoit conroi. — 8 La fin 'de la phrase jusqu'à l'alinéa ne se trouve pas dans Berne. — 9 Li rois ert à Cardoel nn jour de l'Acencion. — 10 Delès li.— " Devei.— "Apainesles poïst-oo d ombrer.- « Atient.— « Nenos.— "Qailorlà hooor.
talanz muez en foibletez 1 de cuer. Et par ce, sa-je bien que je per mes chevaliers et l'amor de mes amis. » — « Sire, dit la réine, se vos aliez à la chapelc de seint Augustin qui est an la blanche forest que Tan ne peut trouver se par aventure non, je cuit que vos auriez talant de bien feire al repairier 2, car nus nu requist onques desconsilliez que Diex nu conseillast par l'amdr de lui, porquoi il le requéist de bon cuer 5. » — « Dame, fet li rois, et je irai volentiers, quar je l'ai oï bien tesmoignicr ainsint com vos le dites an plusors leus où j'ai esté 4. » — « Sire, fet-ele, li leus est moult perilleus et la chapele est mout aventureuse. Mes li plus preudoms hermites 5 qui soit u réaume de Gales a son abitacle lez la chapele, ne ne vit plus fors de la gloire Dieu. »
— « Dame, fet li rois, il me couvendra aler touz armez et sans chevaliers. » — « Sire, fet-ele, vos porroiz bien mener avec vos I chevalier et un vallet. » — « Dame, fet li rois, je n oséroie. Car li leus est perilleus, et que plus 6 i raoinne l'an genz, moins i treuve l'en aventures 7. » — « Sire, fet ele, I valet manroiz vos par mon los, ne jà por ce ne vos venra se bien non, se Dieu plest. » — « Dame, fet li rois,, à vostre pleisir soit, mès je dout mout qu'il ne m'an viegne, se mal non 8. » — Sire, fet la réine, non fera, se Dieu plest 9. » Atant se lièveli rois de delez la réine, et li rois esgarde devent lui et voit un garçon 10, grant et fort et bel et juene, qui Chaus avoil non, et estoit fuiz Yvain l'Aoutre.
— < Dame, dit-il à la réine, cestui manrai ge avec moi se vos le me loez. » — « Sire, fet-ele, il me plest bien, car je l'ai mout oï tesmoignier à preu. » Li rois apele le valet, cil vient et s'ajenoille devant lui. Li rois le fet redrecier et li dit : < Céanz gerroiz-vos encore annuit 11 en ceste sale i2, et gardez que mes chevaus soit
1 Eo foiblesce. — * Al repairier, n'est pas dans noire Ms, mais dans B. — 5 Car nus descoo8illiez nelreqmst onqoes que Diex nel conseillaist pour lai, poor qu'il le priast de bon cuer. — « An lieu de ces derniers roots : an plusors, etc. B. dit : • Et talens m'en est venus 111 jors a. » — * Le mot hermites ne se trouve que dans B. - 6 Notre Ms. au lien de : et que plus, porte : car plus. J'ai préféré B. — 7 B. dit au contraire .* Plus i treuve on cruels aventurés. Notre version prête au roi un caractère pins noble. — » Que mais ne m'en viegn«.— » Non sera, sire, Dius vos en défende! — w Vallet. — » Chaos, dit-i!, céans vos gerrois annuit. — M En cele sale, n'est pas dans notre Ms.
anselez au point du jor et mes armes prestes. Car je voudrai mouvoir à Peure que je vos di, et vos méimes avec moi sans point de compaignie. » — « Sire, fet li valez, à vostre pleisir. » Et li vespres aproucha, et li rois et la réine se vont concilier. Quant Tan ot mangié an la sale, li chevalier alèrent à lor ostiex ; li valez demoura en la sale, il ne se vost desvestir ne deschaucier ; car la nuit li sanbloit estre trop corte, et porce qu'il vost * estre prez au mein 2, au commandement le roi. Li valez fu couchiez ainssint com je vos ai dit; u premier sonme 3, li sanbloit que li rois s'an fust alezsanz lui; li valiez enestoit mout effracz et venoit à son roncin et li metoit lasele et le freing et chauçoit ses espérons et ceignoit c'espée 4, ce li estoit avis en dormant, et issoit du chastel grânt aléure après le roi, et, quant il ot chevauchié grant pièce, si antra en une grant forest, et esgardoit an ta voie 5, si véoit les escloz del cheval le roi, ce lui estoit avis; et suivi la trace grant pièce, tant que il vint à une lande de la forest et que il penssa que li rois estoit ilec descenduz ; li valiez penssa que la voie ferrée li estoit faillie 6, si resgarde à destre et vit une chapele anmi la lende, et voit anviron un grant cimetire où il avoit mout de sarqueuz, ce li estoit avis. Il se pansa en son cuer qu'il irait vers la chapele, car il cuidoit que li roiz i fust antrez por orer. Il ala cele part et des- cendu Quant li valez fu descenduz, si atacha son roncin 7 et antra dedanz la chapele, il nu vit 8 ne de nule part ne d'autre, fors un chevalier qui gisoit morz anmi la chapele desus une litière, et estoit couvers d'un riche drap de soie, et avait entor lui cierges ardanz 9 qui estoient *o fichiez an chandeliers d'or. Cil Valez se mer- veilla mout conmant cist cors estoit ilec 11 leissiez, quant il n'avoit antor lui fors les ymages, et plus se merveilloit du roi qu'il në trouvoit; car il ne le savoit quel part querre. Il osle un des estavaus et prant le chandelabre d'or et le met antre sa house et sa cuise 12, et ist fors de la chapele et remonste sor son roncin et
i Voloit. — 1 Al matin. — * El primerain somme qu'il fa endormis. — * S'espée. — 5 La voie par devant lui. — 6 Et que il s'apenssa queli rois ert illec descendus ou assez près, car li esclot li èrent failli. — 7 Cheval. — * Il ne vit nu lui ne d'une part, etc. — » £t avoit II II estavaus environ lui ardaos. — 10 Notre Ats. dit : qui estoient grant fichiez. — ii lUec H seus laissiez. — " Et le met eu sa huese et ist fors, etc.
s an revêt et trespasse le senaetire, et ist fors de la lande, et entre en la forest 1 et pansae que il ne cesserait 2 s'auroR le roi trouvé.
Si con il antre an un chemin u bois 3, si voit venir devant lui 4 un borne noir et hideus, et estoit assez greindres à pié que il n estoit à cheval 5. Et tenoit un grant coutel agu an sa main, à deuz trancbanz, ce li estoit avis. Li valiez vint ancontre lui grant aléure et li dist : « Vos qui là venez, ancontrastes-vos le roi Artus en ccsle forest? » — « Nanil, fet li mesages, mès je vos ai ancontré, dont je suis mout liez en mon cuer, car vos vos estes partiz de la chapele 6 comme lierres et comme traites. Car vos an aporlez le chandelabre d'or dont 7 li chevaliers estoit ennourez, qui gist en la chapele morz. Si veil que vos me le randez, si le reporterai, ou, se ce non, je vos desli. » — « Par foi, fet li valiez, je nu vos randrai mie, ançois l'anporlerai, si en ferai présant au roi Arlu 8. » — « Par foi, fet cil, vos le conparrois mout chièremant, si vos nu me randez en haste. » El li valiez fiert des espérons et cuide celui outrer ; et cil le haste et fiert 9 du coustel u coslé senestre *<>, si qu'il li an bat u cors jusqu'au manche. Li valiez qui gisoit an la sale à ^ Kardeil, qui ce ot songié, c'esvcilla et cria à haute voiz : « Seinte Marie ! le prouvoire ! aidiez ! aidiez ! car je sui morz. » Li rois et la réine oïrent le cri et li cbambellauc saillirent 11 sus et distrenl au roi : « Sire, vos poez bien movoir, il est jorz. » Li rois se fet vestir et chaucier. Et cil crie à tel povoir corn il a : « Amenez-moi le provoire, car je muiri » Li rois i vet grant aléure et la reine, et li chambellanz portent granz torches 12 de chandeles. Li rois li demande que il a, et cil li conte tout ainsint con il a songié. c Ha, fetli rois, est-ce dont songes? » — « Oïl, sire, fet-il, mès il m'est mout leide chose, car il m'est mout leidemant avérez13. » U hauce
* Notre Ms. porte : et ist de la foret. — « Noire Ms. porte : qu'il ne pansseroit. — 5 Chemin herbe u a. — « Si voit Tenir devant loi, manque à notre Ms. — s Que s'il estoit à cheval. — 6 Notre Ms. dit : forest. — 7 Le chandelabre d'or malvaisemenl, de qooi li chevalirs, etc. — 8 Présent le roi Artq. — » Le fiert. — m Al désire costé. — " La réine et li chambellanc oïrent le cri, il saillirent. — » Tordus. — w 011, sire, fet-il, mes il m'est mout leidement avéré.
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le braz senestre : « Sire, fet-il, esgardez çà ; vez-ci le cous tel qai m'est mis a costel jusqu'au manche *. » Après, mest la main â sa heuse ou li cbandelabres estoit, il le trait fors et le monstre au roi. « Sire, fet-il 2, por cest chandelabre sui je navrez à mort, que je vos présant. » Li rois prent le chandelabre et l'esgarda à merveille, car onques mès si riche n'avoit véu. Li rois le montre à la réine : « Sire, fet li valiez, ne péchiez 3 mie le coustel de mon cors jusqu'à tant * que je soie confès. » Li rois manda un sien chapelein, si le fist confès 5 et feire sa droiture mout bien. Li rois méimes li trait 6 le coustel du cors et l'âme s'aparti ilec 7. Li rois li fist feire son servise mout richemanl et ensevelir et entierrer. Yvains li Àoltres, qui pères fu au vallet, fu mout dolanz de la mort son fil. Li rois Àrtus, par le commandemant 8 Yvain son père, donna le chandelabre d'or à Seint-Pol, à Londres, car l'iglise estoit fondée nouvelemant, et li rois Artus vouloit que ceste aven- ture merveilleuse fu 9 séue partout, et que l'an priast an l'iglise por l'âme de! valet qui por le chandelabre fu ocis.
JUi rois Artus s'arma, la matinée, si corn je vos ai dit et con- mancié à dire, por aler à la chapele seint Augustin. La réine li dist : « Sire, que manroiz-vos *o avec vos? » — c Dame, fet-il, je n'i aurai conpaignie se de Dieu non, quar vos povez bien savoir par ceste aventure qui avenue' est, que Diex ne veust 11 consantir que nus aust 12 avec moi. » — « Sire, fet-ele, Diex soit garde de vostre cors et vos lest revenir sauvement, si que vos puissiez avoir volanté de bien feire, par quoi vostre los soit essauciez qui mout est descréuz 13 ! » — « Dame, fet-il, à Dieu en souviegne! > Ces destriers fu amenez 14 au perron ; li rois monta 15 touz armez. Li rois ot ceinte c'espée. Messire Yvains li Aoltres li bailla son escu et son glaive. Quant li rois ot pendu l'escu 16 al col et il tint le glaive an sa main, l'espée ceinte 17, sor le grant destrier armez,
> Qai m'est el cors dwqu'al manche. — * Fet-il, manque dans notre Ma. — * Sachiei. — « Jusqu'à ce. — * Confesser. — « Traist. — 7 Lors. — • Par le los. — » Foist.— «o Qui Ira aroec vos? — « Vuet. — »» Voisl. — ** Dechéus. — " Li f u amenez. — »s 1 monta. — " Notre Ms. porte : Tôt pendu a col. — 17 Ces deux derniers mots manquent dans B.
— 9 —
bien sanbla estre au corsage et à la contenance chevalier de grant povoir et de grant hardemant. Il s'afiche si roidemant 1 ès arçons qae il les fist croissir 2 et le cheval ploier desouz lui, qui mout estoit fors et isniaus; et fiert des espérons,* et li chevaus li rant un grant saust. La réine estoit à fenestre de la sale, et chevaliers jus- qu'à XXV estoient tuit venus au perron. Quant li rois s'anparti : « Seignors, fet la réine, que vos sanble du roi? Dont ne sanble-il estre preudon? » — c Certes, dame, oïl; c'est grant do u mâche 3 au siècle quant il ne porsiut son bon commencement, car Tan ne set ne roi ne prince miex anseignié de toute courtoisie, ne dé toute largesce, se il le vouloit feire autresinl con il soloit. » Li cheva- liers se tèsent atant, et il rois Àrtus s'an vet grant aléure. Et antre an une grant forest aventureuse, et chevaucha au lonc du jor tant qu'il vint, à l'avesprir, en l'espoisse de la forest. Et choisit une petite meson dejoute 4 une petite chapele, et li sanbla bien hermi- tages. Li rois Artus chevaucha cele part et descentdevent cele petite meson et antre dedanz et trait son cheval après lui, qui à grant poigne antra an l'uis, et coucha son glaive à 1ère, et apoia son escu à la messière, et a desceinte s'espée et deslaça sa ventaille. Il esgarda devent lui et vit orge 5, si i mena son cheval et lui osta le freing et après a l'uis clos et serré de la petite meson. Et li senbla qu'il i ot un escrit 6 en la chapele : li un plouroient ainsint feite et ainsint doucement conme anges 7, et li autre ainsint durement conme annemi. Li rois oï tiex voiz en la meson 8, si se merveilla mout que ce peut 9 estre. Il treuve un huis en la petite meson qui euvre 10 sor un cloitre petit par ou Tan vet à la chapele. Li rois i est alez et antre dedanz le petit moutier, et esgarde partout, mes il n'i voit riens que les ymages et les crucefiz. El ne cuide pas que li escrois de ses voiz vienne d'eus 11 . La voiz failli ilec quant il fu dedanz 12; il se merveilla conmant ceste meson et cist esmitages estoit sous 43 et que li hermites estoit devenuz, qui ilec 14 manoit là dedanz; il
*• Fièrement. — » Es estriers que il fesist les arçons croistre. — « Dolors. — « Delex. — * Orge et panture. — 6 Estrif. — 7 Partaient antre si docement comme angle. — » Oï tiex voiz en la meson, manque dans B.— 9 Pooit.— 19 Ovroit. — « Que li eslris moeve d'els. — " La Toisa failli lues qu'il fu entres là dedans. — 13 Sens. — 14 JUec manque à fi.
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aprocha l'autel de la chapele et esgarda par devant I sarceil 1 tout descouvert, et vit gésir Termite là dedanz, tout veslu de ces dras, et voit la barbe longue jusqu'à la ceinture et ces meins croisiées desus son piz. 11 avoit une croiz desus lui, dont l'image li venoit à la bouche 2, et avoit ancore vie en soi, mès il estoit près de finer, car il définoit 3. Li rois fu granl pièce devant le sarceil et esgarda moût volentiers l'ermite, car mout li sanbloit qu'il avoit esté de bonne vie. La nuit estoit parvenue, et si avoit la dedanz * conme se XX cierges 5 i alumassent. Il ot volenté de demourer 6 ilec tant que cist preudoms seroit desviez. Il se votaséoir devant7 le cerqueil, quant une 8 voiz li huscha mout orriblement qu'il s'an alast, car l'an voloit loianz feire un jugement qui ne sereit pas fez tant con il i fust 9. Li rois s'anparti, qui volantiers i fust demourez, et s'an revint an la partie de la 10 petite meson arrières, et s'asiet desor un siège où li heçmites souloit séoir. Et oï l'estres 11 et la noise recommander 12 dedanz la chapele et oï les uns parler hauz *3 et les austres bas, et connoissoit bien aus 14 voiz que li un sont 15 anges et li autre déable. Et oï que li déable destreingnofent l'âme 16 de l'ermite et que lor jugemant est auques aprouchiez, si an font grant joie. Li rois Arlus en est mout dolanz quant il voit *7 que les voiz des anges 18 sont acqisies. Li rois est si pan§sis qu'il n'a talant de boivre ne de mangier. Ainsinl conme il s'anbrunchoit a terre, pleins d'annui et de contraire, il oï an la chapele la voiz d'une dame qui parloit si doucement et si haust que n'est hons u monde terrien 19, tant éust grant duel et grant pesance, s'il oïst la douce voiz20 de sa reson, que il ne refust en joie. Eledistau déable 21 : « Alez fors de çoians 2*, car vos n'avez droit en l'âme du preudonme, que que il ait fait çà en arrières23; car il est pris u service mon fiuz et ou mien, et feisoit sa pénitance en cest hermitage
* Sarquen. — » Dusqa'en la boche. — 5 Dévioit. — « La dedans si grant clarté. — s Chan Joiles. — • Qu'il dormiroit. — 7 Dales. — • Tant c'uoe. — » Fust demoré. — w La partie de manque dans B. — 11 l/estrif. — « Notre Ms. porte: rocoomance. — 15 Haut. — m a*. — w Estoient. — *« Desrainoleot l'a m me. — " Dolanz en son cuer, qaar il ot. — » Notre Ms. dit : les ornes des autres enges. — w Homs terrien el inonde. — «o La dame et la douce vois. — « As anemis. — ** Hors le chaiens. — 83 Fet arrières.
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des péchiez qu'il avoit fez. > — « Voire, Dame, font li déables, mès il nos avoit plus servi que il n'a voit vos ne vostre fiuz i. Quar il a esté XL anz 2 ou plus murtriers et robéor en ceste forest 3. Or n'a esté que Y anz en cest ermitage. Or 4, le nos voulez tolir. » — « Non fas, tolir nu vos veil-je mie, car s'il éust esté ausint * pris en vostre service conme 6 il est u nostre, vos l'éussiez tout quite. » Li déable s'an vont tuit desconfit et tuit doutant, et la douce mère Dame-Dieu si prant 7 l'âme del ermite qui estoit partiz du cors, si la coumanda 8 aus angles et aus arcangles, qu'il 9 en facent présant à son chier fil, en pqradis. Et li engle la pranent, si coumancent à chanter de joie : Te Deum laudamus. Et la seinte Dame les conduit et s'en vet aveques eus. Josephus de ceste estoire nos fet sage et remembrance 10 et nos dist que cist prendons ot non Calixins 11 .
JJi rois Àrtus fu an la petite meson jouste la chapele et ot oïe la voiz de la douce mère Dieu et les angles; il ot grant joie et fu moût liez de l'âme au preudomme qui portée an fu en paradis. Li rois ot dormi la nuit moul petit et estoit louz armez. 11 vit le jor aparoircler et bel; li rois s'an vet vers 12 la chapele crier â Dieu merci 13, et cuide trouver le sarqueil descouvert là où li esmites gisoit, mès non fet u, ains estoit couvert de la plus riche lame que nuz 15 véist onques et avoit par desus une croiz vermeille, et san- bloit que la chapele fust toute ancenssée. Quant li rois ot fet s'oroi- son là dedanz, il s'an rerevint 16 arrières et met son frain et sa sèle, et monte, et prant son escu et son glaive, et se part de n. la petite meson et s'an entre an la forest et chevauche grant aléure, tant que vint, en droit oure 18 de tierce, à 49 une des plus bêles forés 20 que nus homs véist onques. Et voit à l'entrée une barre lan- céice 2*, et regarde à destre ainçois qu'il entrast dedanz et voit séoir
i Vostre fias ne tos. — » LXII ans. — » Mnrdrissières en ceste forest et robères. — « Si. — 5 Autint manque dans B. — • Si comme. — 7 Mère Dien prent. — 8 Si l'a con- mandée. — • Notre Ms. porte.- qui. — w De ceste estoire fet remembrance. — 11 €a- fixtes. — 11 Clair aptroir, si s'en Ta en. — 15 Dien prier et crier merci. — m Non fist. — » Nus homs. — " Revint. — " En. — » Vient encore l'enre. — m Ko. — » Landes. — ?i Lancie.
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une damoisele desouz un grant arbre feillu, et tenoil les reignes de sa mule en sa main. La damoisele estoit de grant biauté et vestue assez reignablemant. Li rois tome cele part, si la salue, et dit 1 : « Damoisele, fet-il, Dex vos doinl joie et bone aventure ! » — « Sire, fet-ele, et à voz si face*! » — c Damoisele, fet li rois, a-il nul recet an ceste lande? » — c Sire, fet la damoisele, il n'i a recet fors une chapele seintime et un hermite qui est delez 3 la chapcle seint Augustin. » — « Est-ce dont la chapele seint Augustin? » dist li rois 4. — « Oïl, sire, por voir le vos di, mes la lande et la forest anviron est si périlleuse que nus chevaliers n'an revient qui ne soit ou morz 5 ou plaiez ; mes li leus de la chapele est de si grant dignetez que nus n'i vet tant desconseillez qu'il n'en reviegne conseillez, se jl an puet retorner vis. Et Damediex soit garde de vostre corz, car je ne vi mès pièça nul qui mieuz éust sanblant d'estre bon chevalier6, et ce seroil grant doumache se vos ne Testiez, et je ne me partirai mès de ci, si aurai 7 véu vostre fin. » — « Damoisele, dit li rois, vos m'en verroiz repeirier, se Dieu plest. » — « Certes, dit la damoisele, j'en seroie mout lie, quar donc demanderoie à loisir noveles [de celui que je quier. » — Li rois s'en va vers la barre par ù on entroit en la lande et entre là dedanz et regarde à destre el regort de la forest et voit la chapele seint Augustin et l'ermitage mout bel], il vet cele part et descent [et li semble que li hermites8] soit apareillez à la messe chanter 9. Il areingna son cheval au rein d'un arbre jouste la cha- pele et cuide là dedanz antrer; mès, s'il dcust conquerre tous les réaumcs du inonde, il n'i péust. antrer et si ne l'an fesoit nus desfansse, car li huis estoient ouvert11, ne il ne véoit nullui qui li desfandist. Li rois en est mout vergondous 12. Etesgarda I image qui estoit de Nostre Seignor là dedanz, et li cria 13 merci mout dou-
* Si la salue et dit manque dans B. — * Sire, dist-elle, et vos tos jors. — s Un hermi- Uge qoi est dedens. — * Dist li rois manque dans notre Ms. — 5 Que nos chevaliers n'i puet aler qu'il ne revienne morz, etc. — 6 Car je n'en vi nul mes pièça mieux sem- blait estre bon chevalier. — 1 Je ne partirai de ci s'aurai véu. — * Ces passages placés entre crochets manquent dans notre Ms., un coin du feuillet de vélin étant déchiré à cet endroit. Berne nous a permis de rétablir le texte complet. — 9 Pour chanter la messe. — w Ne pôusUl entrer là dedans. — " Estoit ouvers. — » £ ot mont vergogne.— " Pria.
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cernent et regarda devers l'autel. Et regarde le seint hermite qui estoit revestuz por la messe chanter et disoit son confîteor, et voit à destre i le plus bel enfant que il véist onques, et estoit revestuz d'aube 2 et avoit une couronne d'or an son chief, chargiée de pierres précieuses qui randoient mout grant clarté. A la senestre partie, avoit une dame si bele que toutes les biautez du monde ne se porr oient compasser 3 à sa biauté. Quant li seinz hermites ot dit son confîteor et il ala à l'autel, et la dame prist son fil et ala séoir à la destre partie vers l'autel desus une chaière mout riche, et mist son fil desuz ses jenouz et le comança à beisier mout doucement et dist : c Sire, fet-ele, vos estes mes pères et mes fiuz et mes sires et garde de moi et de tout le monde. » Li rois Artus oï les paroles et voit la biauté de la dame et de l'enfant, si se merveille mout de ce [qu'ele .l'apele son père et son fil. Il esgarde à une verière derrière l'autel et voit une flambe parmi venir, luès que la messe fu comencie, plus clère que nus rai de] soleil [ne lune ne estoile], et plus encor jetoit clarté tele que, se toutes les lumières du monde fussent ensemble, n'eussent li pareil. Et est descendue desus l'autel. Li rois Artus le voit qui mout s'an est merveilliez. Mais mout li poise de ce qu'il ne peut entrer là dedanz, et oï, là ù li seinz hermites chantoit la messe, les respons moult biaus et li senblcnt estre respons 4 d'angles. Et, quant la seinte esvcngile 5 fu léue, li rois Artus esgarda vers l'autel et vit que la dame prist son enfant et l'ofri ès mains au seint hermite 6, ne il ne lava mie ses mains, quant il ot receue l'offrande. Si s'an merveilla moult durement li rois Artus, mès il ne s'an déust pas merveillier se il séust la reson ; car s'il n'éust les meins nestes et mondes et le cors de toutes
vices7 Et quant li enfes li fu offers,il le mist cfesus l'autel; après
conmança son sacrement. Et li rois Artus se mist à jenoillons par devant 8 la chapele et conmança Dieu à proiier pt à batre sa coupe. Et regarda 9 après le préfet 10 et li sanbla que li seinz hermites
1 A destre del hermite — » Ce détail manque à Berne. — 5 Comparer. — * Voit. —
* Li tains Evangile. — « Le passage qoi suit est ainsi dans B. : mais de ce s'esmer- villa mont li rois Artus, que li sains hermites ne lava mie ses mains qnant il ot recéae l'offrande.— 7 Cette dernière phrase qui n'est pas achevée ici est omise dans Berne. —
* Defors. — 9 Regarda vers l'autel. — w Le préfasce.
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tenist antre ses mains un home» sanglant 1 u costé et ès paumes et ès piez, et couronné d'espinnes, et le voit an propre figure. Et quant il l'a tant esgardé, si ne set qu'il devient, li rois an a pitié an son cuer de ce qu'il a véu et l'en vindrent les termes du cuer aus eux. Et regarde devers l'autel et cuide véoir l'umaine figure elle voit mué en la forme de l'anfant qu'il avoit devant véu.
louant la messe fu chantée, la voiz du seint angle dist : « lté missa est..* Li fiuz prit la mére par lg main et c'esvanouirent 2 de la chapele à la greignor conpaignie et à la plus bele que nus éust onques véue. La flambe qui descendue estoit parmi la ver- rière s'an ala avec cele conpaignie. Quant li hermites ot fet son service et il fu desvestuz des armes Dieu, il s'an vet au roi Artus qui ancore estoit defors la chapele. « Sire, dist-il au roi, or povez- vos bien antrer çoianz et^mout péussiez estre joianz en vostre cuer se vos éussiez deservi par quoi vos i fussiez antrez an conman- cement de la messe. » Li rois Artus antra an la chapele sanz nul deforz 3. « Sire, fet li hermites au roi, je vos. connois bien. Si fis-je le roi Uter Pandragon vostre père. Par vostre pechié et par vostre déserte, ne péustes vos 4 antrer çoianz tant conrae l'an chanta la messe. Nou feroiz vos demain, se vos n'avez avant amandé vostre meffet à Dieu et au seint que l'an aoure çoianz. Car vos estes li plus riches rois du monde 5 et li plus aventureus ; si devroil à vos touz li mondes prandre example de bien feire et de largesce et d'onor; et vos estes li exanples 6 de vileignie feire à touz les riches homes qui ore soient u monde. Si vos an mécharra mout durement, se vos ne rcmetez vostre afeire au point où vos l'aviez coumancie. Car vostre cort estoit la souvereinne de toutes les cors et la plus aventureuse; or est la pis vaillant. Mout peut estre dolanz qui d'anor à honte vet, mès cil ne puet avoir reproche qui mal li face, qui de honte chiet 7 à honor ; car l'anor 8 où il est trouvez le rescoust à Dieu ; mais li blasmes ne peut rescorre home
1 Noire Ma. dit : on borne sanglant entre ses nuins. — * S'esranuirent Tors de la cha- pele. — z Deffois. — * Uni antrer. — 5 Et li plus poissaoz et li plûmeotureus». — 8 Li essemplares. — 7 Vient. — 8 Li onora.
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se il a gerpi * honor por honte; car la honte et la vileinnie an qnoi il est pris 2 juge le mauveis 3. »
c Oire 4, por moi conseilliez ving-ge ci 6, et porestre inieuz conseilliez que je n'avoie esté. Je voi bien que li leus est seinlimes, et je vos requier que vos priez à Dieu qui 7 me conseut, et je metrai poigne an moi amander. » — « Diex vos leist vostre vie amander 8, dit li seinz hermites, ainsint que vos puissiez aidier à esfacier la mauveise loi 9 et à essaucier la loi qui est renouvelée par le cruce- fiement du seint propheste. Mès une grans dolors est avenue an terre novelemant par I jeune chevalier qui fu herbegiez an l'oslel au riche roi Peschcor : si aparut à lui li seintimes Graaus, et la lance de quoi li fiers seigne 10 par la poigle; ne ne demanda de quoi ce servoil ne dont ce venoit 11 ; et por ce qu'il nu demanda, sont toutes les terres conméues an guerre, ne chevalier n'an- contre autre an forest qu'il ne li core sus et ocie s'il peut, et vos méimes vos an aparcevroiz bien, ainz que vos partoiz de ceste lande. • — c Sire, fet li rois Artus, Diex me 12 desfande d'an- goisse, de mort *3 et de vileignie, car je ne ving ça por autre chose fors por ma vie amander 14, et je si ferai se Diex me ramaigne sauvemant. • — t Voire, fet li hermites, qui dedanz XL anz a esté III ans mauveis, il n'a voit pas esté anterinemanl bons. » — c Sire, fet li rois, vos dites vérité. » Li hermites s'an part, si le conmande à Dieu. Li rois vint à son cheval et monta le plus tost qu'il onques pot; et met son escu à son col, et prant son glaive an sa main, et s'an torne arrières grant aléure, et n'ot pas alé une archiée 16 quant il vit venir un chevalier à desroi ancontre soi, et àéok sor un grant cheval noir et avoit escu autretel et glaive. Et si estoit li glaives anson gros près du fer et ardoit à grose flanbe tresque desouz les poinz au chevalier 11 aloigne son glaive et
» Guerpie. — * Troré. — 5 Le juge malveis. — * Sire, dit H rois Artus. — s Amender. — • Ci à vous. — 7 Qu'il. — « En bien amender. — » A effacer la mauvaise loi, ces mots si importants el qui annoncent tout le aojat manquent dans B. — 10 La pointe saine. — « Ne eni on en servoit. — m Moi. — ,s D'anieuse mort. — u A amendor. — « Notre Ms. : orz. — 19 Cherauchié une traitiée.— 17 Et ardant à grosse flambe, laide et hideuse, flt descendent la flambe dusque sor le poing del chevalier.
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cuide férir le roi; ii rois l'esehive1 et cil passe outre; après, U demande : « Sire chevaliers, por quoi me haez vos? » — « Je ne vos doi anmer, fet li chevaliers. » — « Por quoi 2? fet li rois. » — « Por ce 3 que vos éustes le chandelabre mon frère, qui li fu robez mau- veisement, » — « Savez-vous donc qui je sui? fet li rois. » — c Oïl, fet li chevaliers, vos estes li rois Artus qui jadis fastes bons, or estes mauveis. Si vos desfi conme mon mortel annemi. » U se trait arrières por mieuz poindre son eslès 4 ; li rois voit qu'il n'an peut eschaper 5 sanz estor, il aloigne son glaive quant il voit celui 6 venir qui aporte le sien glaive tôut ardant. Li rois fiert le cheval des espérons au plus duremant qu'il peut et ancontre le chevalier de son glaive et. li chevaliers lui. Et s'entrefièrent si dure- ment 7 que li glaive archoient sanz péçoiier, et qu'il se désaûnent andui et perdent les estriex; il s'entrehurtent si duremant des cors et des chevaus que li eil lor es tan cèlent ès testes et que li sans roie 8 fors au roi Artus, parmi la bouche et parmi le nés. Li uns se trait an sus de l'autre, et repranent 9 leur aleines. Li rois regarde le glaive au noir chevalier qui art, et se merveille mout duremant qu'il n'est péçoiez por le grant cop qu'il an ot recéu, ainz quide qu'il soit déables ou 40 annemis. Li noirs chevaliers ne veust pas leissier le roi Artus atant, ainz vient envers lui à grant eslès. Li rois le voit vers lui venir, si se ceuvre de son escu por le péour de la flanbe; li rois le reçoit au fer de son glaive et le fiert 11 par si grant aïr qu'il le fet ploiier *2 sor la croupe de son cheval. Cil resaust sus à force 15, qui estoit de grant vertu, et fiert le roi desouz la boucle de son escu, si que li fiers ardanz li perce l'ëscu et la manche de son haubert et li conduit le fer tranchant 1S parmi le braz. Li rois santi la plaie et la chalor, si fu pleins de grant aïr et cil retrait son glaive à lui et ot grant joie an son cuer quant il santi le roi navré. Li rois ne fu mie joianz et esgarda le glaive, cel vi qui esteiuz estoit, que plus 17 n'ardoit. Si s'an merveilla moult.
1 Li rois manque i notre Ms. — * Et vous, pourquoi. — s Por ce, dit-il. — * Prendre son estais. — 8 Partir. — « Celui ters lui venir. — 7 Durement andui. — * Ist. — « Repran- dent. — 10 fit. _ u Le fiert emmi le pis. — ** Sovine. — 13 Resailli es arçons. — 14 Le fust. — « Tous. — m Ire. — « Et plus.
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c Sire, fet li chevaliers je vos cri merci. Jà mès mes glaives ne fost esteioz d'ardeur 2 s'il ne fust baigniez en vostre sanc. » — « Jà Dieus ne m'ait, fet H rois Artus, quant je jà merci an aurai, se j'an puis esploitier. » Il broche vers lui de grant eslès et le fiert u gros du piz 3 et le porte à terre 4 et lui et le cheval tout an un mont 5, et trait 6 son glaive à lui et esgarde celui qui gisoit conme morz et le leisse en la lande et se trait vers l'oissue inèlement. Et, si conme li rois s'an aloit, il oï grant 7 esfrois de chevaliers venir très parmi la forest; il sanbloit bien qu'il an i éust XX ou plus; de la forest les voit antrer an la lande, armez et bien enchevauchiez. Et viennent à grant esploit vers le chevalier qui morz gisoit anmi la lande. Li rois Artus devoit oissir fors de la forest 8, quant la damoisele li vint au devant 9, que il leissa souz l'arbre. « Sire, fet-ele, por Dieu, retornez arrière et si m'aportez le chief du chevalier qui là gist morz. » Li rois regarde en arrière et voit 10 le grant péril et la foison des chevaliers qui là sont luit armez, c Ha ! damoisele, fait-il 11 , vos me volez ocirre.» — c Certes, sire, non fas, mais 12 il me seroit mout grant mestier que je Téusse; ne onques chevaliers ne m'es con dit de chose 13 que je li demandasse ne de don que je li demandasse 14. Or doint Diex que vos ne soiez li plus vileins. > — « Ha, damoisele, je sui navrez mout durement parmi le braz dont je lieng l'escu. » — « Sire, fet-ele, ce sai-je bien. Ne vos n'an povez estre gariz si vos le chief ne m'aportez del chevalier. » — * Damoisele, fet-il, je m'en pènerai, combien 45 qu'il m'an doie avenir. »
Li rois Artus esgarde anmi la lande et voit que cil qui 16 sont venuz ont depécié le chevalier tout pièce à pièce, et chaucun enporte ou pié ou cuisse, ou bras ou poing, et c'espandent par la forest. Et voit le darrien chevalier qui anporte sor le fer de son glaive le
i Li noirs chevaliers. — 1 Estanchies d'ardoir. — » B. ajoute : et li en fîer.t son glaive el cors demi ôn*, — * A terre estendn. — 5 B. omet : tout eâ on mont. — « Retrait.
— 7 11 et un grant. - »B. omet : de la forest. — » A rencontre. — 10 B. omet : et voit.
— u Notre Ifs. omet : fait-il. — M Notre Ms. : car. — » Bon. — *« B. n'a pas cette répé- tition. — » Comment. — " Qni là.
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chief, et li rois vet après lui grant aléure et li crie : c Ha! sire chevaliers, atandez-vos *, si parlez à mpi 2. > _ c Que vos plest 5? » fet li chevaliers. — c Je vos requier * sor toutes anmors que vos me daigniez 5 le chief de cest chevalier, fet li rois, que vos emportez 6 sor le fer de vostre lance 7. » — c Je vos la donrai, fet li chevaliers, par un co venant. » — c Par quel? » dit li rois.
— c Par tel 8 que vos me dites qui le chevalier ocist dont je port le chief que vos demandez. » — t Ne le puis-je autremant avoir ? » fet li rois. — « Nanil. » fet cil. — t Et je le vos dirai, fet li rois 9. Sachiez tôt de voir que li rois Àrtus l'ocist. » — t Et où est-il? » fet li chevaliers. — « Querez-le tant que vos l'aiez 10, » fet li rois Artus, car je vos an ai dit 11 la vérité ; donez-moi le chief. »
— c Vola n tiers, » fet li chevaliers. Il abeis'e son glaive et li rois prant le chief. Li chevaliers avoit à son col un cor, il le met à sa bouche et le sone trop durement 12. Li chevalier qui mis c'estoient dedanz la forest oïrent le cor, si retornenl arrière grant aléure, et li rois Artus s'an vet vers le chesne 13 de la lande là où la damoisele l'atant. Et li chevalier viennent adès 14 vers celui qui le chief li avoit dpné et li demandent porquoi il a sonné le cor. c Por ce, fet-il, que cil chevaliers qui là s'an vet m'a dit que li rois Àrtus ocist le chevalier noir 15 et que nos le suivons. » — « Nos ne le suivrons pas, font li chevalier, car c'est li rois Àrtus meïmes qui anporte le chief, ne nos n'avons povoir de lui ne d'autrui mal feire 16, puisqu'il a passé 17 la barre. Mès vos le comparroiz, qui l'an leissastes aler quant il fu si prochiens de vos. > Il c'esleissent vers lui et l'ocient et détranchent et anporte chaucun sa pièce ainsint conme de l'autre. Li rois Artus est oissuz fors de la barre et vient à la pucele qui l'atant et li presante le chief. c Sire, fet la damoisele, grant merciz. '» — Damoisele, fet-il, volentiers. »
— c Sire, fet la damoisele, vous povez bien descendre, car vos
1 Arreslés. — • B. omet ces derniers mots. — « B. ajonle : beas sire. — * B. ajoute encore : beas sire. — * ftonés. — • Portés. — 7 Glaire. — 8 B. répète : par quel coventf et omet : par tel. — » B. omet : fet li rois. — 10 Qoerex-le tant que tos Taies troré. — 11 Dite. — 11 Si durement qne li. — *s L'issue. — u A desroi. — 15 B. ajoute je veul, fait-il, qne tous le sachiet. — 19 Pooir de nuiui mal faire ne de loi. — " Passée.
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n'avez garde deçà la barre. » Atant est li rois descenduz. < Sire, fet-ele, osiez vostre hauberc séurement, si vos restreindrai la plaie de vostre braz, ear vos n'an poez garir se par moi non. » Li rois oste son hauberc et la damoiselle prant le sanc * du chevalier qui ancore decouroit 2 touz chaus, et an loe le roi Àrtus sa plaie 3; après li fist revestir son hauberc. « Sire, fet-ele, vos ne fussiez jà mès gariz se par le sanc de çest chevelier noir *. Et por ce anportoient-il le cors par pièces et le chief , por ce 5 qu'ils saYoient bien que vos estiez navrez; et li chief m'aura mout grant mestier, car I chastel m'an iert randuz qui m'iert toluz 6 par traïson, se je ne tru\s le chevalier que je vois querre par qui il me doit estre randuz. »* — « Damoisele, fet li rois, et 7 qui est li chevaliers? » — t Sire, fet-ele, il fu fiuz Vilein 8 le gros des vaus de Kamaaloth, et est apelés Perlesvax. » — Porquoi Pèrlevax? » fet li rois. — t Sire, fet-ele, quant il fu nez, si demanda son père conmant il auroit non an droit bautesme 9. Et il dist qu'il vouloit qu'il eust non Perlesvax ; quar li sires de Mores li toloit la greignor partie des vaus de Kamaaloth, si.voloit qu'il an souvenist son fil par cel non, se Diex le monte- ploioit 10 tant qu'il fust chevaliers. Li valiez fu mout biaus et mout genz et 11 conmança à aler par les forés et à lancier de ces gaveloz aus sers et aus biches, conme galois. Ses pères et sa mère l'anmoient mout. Et estoient un jor venuz hors de leur recet por esbattre, de quoi la forest fu mout prochiene. Si avoit, entre le recel et la forest, une mout petite chapele qui séoit sur IIII coulonbes de marbre. Et estoit couverte d'un fust et avoit dedanz un petit autel et avoit devant l'autel un sarqueil mout bel et estoit pardessus la figure d'un home escripte. Sire, fet la damoisele au roi, li valiez demanda à son père et à sa mère quex homs gisoit dedanz cel sarceil. Li pères respondi : « Biau fiuz, fet-il, certes je ne le vos sai dire, car li sarceuz i est ainçois que li pères mon
i Le sanc del chief al cberalier. — * En decoroit. — 8 Et le lie le roi Artn sor la plaie. — * Ne fust. — 5 B. omet la répétition de: por ce. — • Qo'on m'atolo.— *B. omet: et.— * Julien. — • Baptesme. — 10 Multiplioit. — " Et çrot et commança.
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père fust nez. Et onquesn'oïdire à nullui qu'il séust qu'il a dedanz, fors tant que les lestres qui sont sour le sarcueil dient que, quant li mieudres chevaliers du monde vendra ci, li sarceuz aouverra 4 et desjoindra touz et verra l'en ce qu'il a dedanz.
c JL/amoisele, fet li rois, i a-il mout pasez2 de chevalier puis que li sarceuz i fu mis? » — « Oil 3, tant que je ne nus n'an set li nombre4. Ne onques ne s'en remut li sarceuz. Quant li valiez oï s parler son père et sa mère, fl demanda que chevaliers estoit. Biau fiuz, dit la mère, vos le devriez 6 bien savoir, par lignage. Ele dit au valet qu'il avoit XI oncles 7 de par son père qui avoienl tuit esté 8 ocis à armes. Et ne vesqui chaucuns que XII ans chevaliers. Sire, fet-eleau roi, li valez dist 9 que ce ne demandoit-il mie, mès con fès 10 chevaliers estaient. Et li pères respondi que c'estoient cil u monde où il avoit plus de valor. Après si dist : Biau fiuz, il ont haubers de fer vestus por lor cors garantir et hïaumes laciez 11 et escus et glaives et espèes ceindre par lor cors 12 desfandre.
c kjire, fet la damoisele au roi, quant li pères ot ainsint parlé au vallet, il retornèrent ansanble u chastel. Quant vint lendemain la matinée, li valiez se leva et oï les oisiaus chanter, et se panssa qu'il iroit déduire an la forest par le jor qui biaus estoit. Et monta sor un des chacéors son père et porta ces gaveloz conme galois et ala an la forest et trouva I cerf et le suivi bien IIII lieues galesches, tant qu'il vint an une lande et trouva II chevaliers touz armez qui là se combatoient; et avoit H uns I vermeil escu et li autres I blanc; il dégerpi la chace *3 por regarder la mellée 14 et vit qui li ver- meus chevaliers conquéroit le blanc; il lança un de ses gaveloz au chevalier vermeil si durement qu'il li fauça son hauberc et li fist passer parmi le cors *?. Li chevaliers chéï morz. Sire, fet la damoisele, li chevaliers au blanc escu an mena grant joie, et li
* 0?erra. — • Passé. — » OH, sire. — « Je nés tos sai nombrer. — * Oï ainsi. — « Deve- riés. — ? Oncles éns. — 8 Esté tait. — s Respondi. — 10 Quel. — " Hiaaroes ès chiés. — « Espées rhaintes por els desfendre. — 18 I! gnerpi la trace del cerf. — " Mesiée. — « Coer.
valiez li demanda se li chevalier * estaient si aesiez à ocirre. c Je cuidoie, fet li valiez, que nus n'an péust fausser ne maus- mettre 2; car je n eusse pas lancié de mon javelot, » fet li valiez. Sire, cil anmena le destrier chiés 3 son père et sa mère; il furent moût dolant quant ils orent * les noveles du chevalier que il ot ocis. Il orent droit, que grant poigne lor an vint 5 puis. Sire, li valez se départi de chez son père et de sa mère 6, et s'an vint à cort le roi Artu. Li rois le fist chevalier mout volontiers quant il sot sa volonté, et après se départi de la terre et ala aventurer par toutes les terres. Or est li miudres chevaliers qui soit u monde. Si le vois querre et je auroie mout grant joie à mon cuer se je le povoie trover. Sire, se vos l'ancontrez par aucune aventure, an aucune de ces forés, il porte un escu vermeil à un cerf blanc. Si li dites que ses pères est morz et que sa mère perdra toute sa terre se il ne la vient secorre ; et que li frères au chevalier au vermeil escu qu'il ocist an la forest de son gavelot la 7 guerroie avec le seignor des Mores. » — c Da- . moisele, fet li rois, se Diex le me donoit ancontrer, j'an seroie mout liez, et forniroie * mout bien vostre mesage. » — « Sire, fet-ele, or vos ai-je dit ce que je quier, or si me dites vostre non. » — « Cil ^ qui me connoissent m'apelent Artu. » — c Artus ! avez-vous ains- sint non? — t Damolsele, fet-il, oïl. » — c Se m Vit Diex, fet-ele, ce vos hé-je plus que devant, car vos avez le non au plus mauveis roi du monde et je voudroie qu'il fust aussi ci conme vous estes ore *°. Mès il ne se mouvra en pièce sous de Cardeil tant con il puisse ; ainz garde la réine que Fan ne li toille, ainsint conme je Pai oï tesmoignier, car je ne vi oncques.ne l'un ne l'autre, festoie esméue à aler à sa cort; mès je ai bien ancontré XX chevaliers, I après autre, à qui j'an demandoie"; si m'an ont dit ainsint li un conme li autre, car chaucun m'a dit que la cort le roi Artus est la plus vil du monde et que tuit li chevalier de la table raonde Font
* Se chevalier. — 1 Que les armes del chevalier ne poïst nos fausser ne malmeUre. — * Sire, li valiez en amena le cheval chiès, etc. — * Surent. — « Créât. — * S'enparti del recel son pere et sa mère. — » Le. — » Damoisela, fait li rois, J'en seroie mont liés se Diex le me laissoit trover et si fornlroifl, etc. — • Damoisele, feit li rois, volentiers, cil, etc. — *° Qu'il fnst ore ci ausi comme vous estes. — De lui.
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gerpie par sa maoveistié. » — c Damoisele, fet li rois, de ce peut-il estre mount dolanz ; à son conmancemant, oi je dire que il le fist raout bien. » — c Et qui chaust, fet la damoisele, de son bien conmancier *, quant la fin est mauveise? Et mout me poise quant si biaus chevaliers et si preudon conme tous estes 2 a le non à si mauveis roi* » — « Damoisele, fet li rois, Tan n'est pas bons par le non mès par le cuer. » — t Vos dites vérité 3, fet la damoisele, mès por le non du roi m'an despit4 li vostres. Et quel part iroiz vos?» fet-ele. t Je irai à Kamaaloth & où je trouverai le roi Artus, quant g'i venrai. » — « Of tost, fet-ele, l'un mauveis avec l'autre. Ainsint l'espoir-je de vos puisque vos i alez. » — c Damoisele, vos diroiz vostre pleisir, car je m'an vois 6. A Dieu vos conmant, » — c Et jà Diex ne vos conduie ! fet-ele, se vos alez à la cort le roi Artus. »
• ixtant s'an parti li rois et monta 7 et leisa la damoisele sor l'arbre et entra en la haute forest 8, et chevaucha à grant esploit plus tost qu'il pot venir à Cardeil. Et ot bien chevauchié X lieues galesches quant il oï une voiz en l'espoisse de la forest et conmença à huchier. c Artus, li rois de la grant Breteigne 9, mout peuz estre joieus à ton cu^r de ce que Diex m'a tramis à toi. Et si te mande que tu teignes court au plus prochiènement 10 que tu porras ; car li siècles, qui est anpiriez por toi et por ton deloiement de ton bienfet, en amandera mout. » La voiz se test atant et li rois fu mout joieus an son cuer de la voiz qu'il ot oïe 11 . Li contes ne parole ci plus d'aventure 12 qui avenist au roi Artus an sa revenue ne an son repeire 13. Ainz a tant chevauchié qu'il est revenuz à Cardeil. La réine et si chevalier firent mont grant joie de lui Li rois fu descend uz au perron et monta an la sale et se fist désarmer. Et montra à la réine la plaie qu'il avoit u braz, qui moult avoit esté grant et merveilleuse 15 ; mès ele garissoit
i B. omet : de son bien eommencier. — * Semblés estre. — * Voir. — « Me desplaist. — 5 Cardoël. — « B. omet : car je m'an Tois. — * Atant remonta li rois et s'era parti. — • Et entra en la haute forest, manque dans notre Ms. — » Roi Artnt de le grant Bretaigne. — 10 Tost. — « De ce qu'il ot oï. — Ne parle pins ci d'autre aventure. — « Au roi Artu en son repairier. — " Fisent gral feste de lui et grant joie. — 15 Grans et annuieuse.
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belemant. Li rois s'an vet ep la chambre, et la réine avec et fet li rois vestir d'une robe de drap de soie, fourée d'ermine toute, et seeot et manlel *. « Sire, fet la réine, vos avez mout éu et poigne et travail. » — « Dame, ainsint le convient il soufrir à preude- somes por annor avoir car à poignes peut nus annor avoir sans travail. » Il conte à la réine 3 toutes les aventures qui avenues li sont4 puis qu'il s'an parti, et par quel manière 5 il fu navrez el braz, et de la damoisele qui tant l'avoit blasmé de s'onnor 6. < Sire, fet la réine, or savez-vous bien 7 que hauz hons et riches et puissans doit estre mout honteus quant il devient mauveis. » — « Dame, fet li rois, ce me feit bien antandant 8 la damoisele. Mès une voiz m'a mout réconforté que j'ai oïe an la forest, quar ele me dist que Diex me mandoit que je tenisse cort prochiènemant. Et je i verrai la plus bele aventure avenir que je onques véisse. » — « Sire, fet-ele, vos devez estre mout joieus 9 quant il sovient au 10 Sauvéor de vos. Or si feistes son conmandement. » — < Certes, dame, si ferai-je. Car onques nus n'ot plus grant 11 talent de bien faire que j'ai ores* ne d'anor, ne de largesce. » — Sire, fet-ele, Diex en soit loez »
iV conmancc ci l'autre branche du seint Graal, el nom du père et du fil et du seint esperit. Li rois Arlus fu à Kardeil et la réine, à mout poi de chevaliers. Talanz et volentez li fu venus 13 par le pleisir de Dieu d'anor et de largesce feire 14 tant con il pon oit. Il fit sééler ces lestres et les traniist 16 par toutes ces terres el par toutes les viles 17 et manda aux barons et aus chevaliers qu'il tendroit cort à
1 Et la réine fet test ir le rois une roabe de soie et (Termine et cote el sorcot et mante. — * A preodommes por bonor avoir. — * Il conte la reine. — * Qae a énes. — * Comment.
— • Blasme por son nom. — i Poés-vos bien savoir. — • Entendre. — • Liés. — 10 Le. — i* Millor. — « Aorés et sa roore. Après ces mots B. ajoute à l'encre ronge : cire manche.
— t» Retenns. — « B. omet : faire.— « Ses. — m Enyoia. — « laies.
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Pannenoisance 1 qui siet sor la mer de Gales, à la prochiène * feste St Jehan, après la Pantecoiisle. Et por ce, la veust-il retenir 3 à cel jor que la Pantecouste estoit trop prochienne, ne n'i péussent pas tuit estre cil qui adonc i seront *. Les noveles alèrent par toutes les terres; si viennent chevaliers à grant foison, car li bienfet estoient 5 si délaiez par touz les réaunes que chàucuns avoit pris garde au roi Artus qui noient ne feisoit mès 6. Or si se merveil- loient tuit dont cil talanz li iert venuz. Li chevaliers de la Table Réonde, qui esparz estoient par les terres et par les forés, en sorent les noveles par la volanté de Dieu7; il en menoient mout grant joie, et revindrent à la cort à grant esploit. Mes sires Gauvains ne Lancelot n'i vindrent pas à cel jor* Mès tuit li ajutre vindrent, qui devant venoient 8. Li jorz de la Seint Jehan vint, li chevalier i furent venuz de toutes parz, qui mout se merveillent por ce que 9 li rois n'avoit cele cort tenue à la Pantecouste, mès il n'an savoient pas la reson 10. Li jors fu biaus et clers et li airs clers et purs 11; et la sale fu granz et large et garnie à grant planté de bons cheva- liers *2. Les napes furent mises sor les dois dont il i ot à grant planté par la sale. Li rois et la réine orent lavé et alèrent asséoir ans chief des dois 13, li autre chevalier s'asiéent dont il ot CV 15 et plus, ce dit li contes. Kex li seneschal *6 et misire Yvains li fiuz le roi Urien servirent le jor aus table du mangier, et XXV chevaliers avec ails. Et Luquans li bouteilliers servi devant le roi la coupe d'or. Li souleus *7 raioit parmi les verrières parmi la sale de toutes parz, an la sale 18 qui jonchiée estoit de flours et de jonz et de mantatres 19, et randoit une oudor autresint conme se ele fust anbaussemée. Et, si conme l'an ot 20 servi du premier mès, et l'an atandoit le secont, atant ès-vos III damoiseles où eles antrent an la sale. Cele qui devant venoit séoit sor une mule plus
* Pannenoisense. — • Manque: prochiène. — » Tenir. — « Ièrent. — * Estoit. — • Artn qui Tilment le faisoiU — i Volonté Dieu. — • Toit li antre qui adont Tfroient. — • Porcoi. — 10 L'acoison. — » Et li airs purs. — » B. ajonte ceei : Et 11 jors fa renn qne Ta rors dut commencier.— » Séoir al chief d'un dois. — »« S'assisent.— ** 11 i ot bien VC. — 16 Kès li seneschans. — 17 Solias. — 18 Par totes les verrières de la sale.—» Métastre. — » Si c'on ot.
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blanche que n'est noif négiée 1 et avoit I frain d'or et sele à arçon d'ivoire, bandée * de riches pierres, et à feutre d'un vermeil samit goûte d'or. La damoisele qui séoit desor la mule estoit mout gente de cors, mès n'estoit pas, mout bele de vis; et estoit vestue d'un riche drap de soie et d'or, et avoit un mout riche chapel qui li couvrait tout le chief. Et estoit louz chargiez de chières pierres 5 qui flamboient conme feus. Grant meslier * li estoit qu'ele éust le chief couvert, quar ele estoit tote chenue et portoit à son col son destre bras pandu à une astele 5 d'or. Et gisoit son braz sor un oreillier le plus riche 6 que nus véist onques. Et estoit touz char- giez de campeneles d'or; et tenoit an cele main le chief d'un roi séélé en argent et couronné d'or. L'autre damoisele qui après venoit chevauchoit au fuer d'escuier, et portoit une maie troussée der- rière lui, et avoit par desore un brachet, et portoit à son col un escu bandé d'argent et d'azur à une croiz vermeille, à une boucle d'or, toutes pleines de pierres 7 précieuses. La tierce damoisele venoit à pié et estoit secourciée haust conme valez à pié 8, et portoit une courgiée 9 an sa main, dont ele chaçoit les deux chevaus i0. Chaucune de ces II estoit plus bele que 11 la première, mès cele à pié les passoit de biauté. La première damoisele vient devant le roi là u il siet al mangier et la réine. * Sire, fet-ele, li Sauvierres du monde vos doint honor et joie et bone aventure, et à madame la réine ?t à tous ceuz de ceste sale por l'amor de vos! Si nu tenez mie à vileignie se je ne descent, car je ne pui descendre là où a chevaliers, ne ne doi trésqu'à cele houre que li Graaus soit conquis. » — « Damoisele, fet li rois, je te vodroie *2 volentiers. » — t Sire, fet-ele, je le sai bien *3; ne vos annuit pas se je vos di 14 la besoigne que je quier. » — t Non fera-il, damoisele dites vostre pleisif . » — t Sire, fet-ele, li escuz que ceste damoisele porte fu Joseph le bon sodoiier 16 qui
i Que noif oégie. *- * Et sele d'ivoire bordée.—' De pierres précieuses. — * Grans mestiers. — * Son destre bras i une estole. — • Sor un des plus beaux oreilliers. — * Tôt ptain de riches pières. — • Escorcie haust cou me valex. — » Seorgie.— » Chera- chéures. — « De. — M Vossissa moult. — w C« sai-je bien. — " Ne ne tos annuit pas se je di. — w B. ajoute : Fait li rois. — w Notre Ms. porte : le bon chevalier soudoier.
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Dieu 4 despandi de la croiz. Si vos an faz présant, ainsint conme je vous dirai : que vos garderoiz l'escu à un chevalier qui pour el vendra 2, et le feroiz pandre à cele coulombe enmi vostre sale, et le garderoiz que nus ne le puisse oster \se cil non, ne pandre le à son col; et de cest escu conquerra il le Graal, et leira * un autre escu ça dedanz vermeil à un cerf blanc; et li brachet 5 demorra ça dedanz que la damoiseie porte, ne ne demanra joie jusqu'à là 'que li chevaliers vendra 6. » — c Damoiseie, fet li rois, l'escu et le brachet garderons nos bien, la vostre grant merci 7, quant vos le daignâtes feire aporter. * — « Sire, fet la damoiseie, ancore n'ai-je pas tout dit ce que l'an m'a anchargiée 8. Li mieudres rois qui vive an terre et li plus loiauz vos manda saluz et li plus droituriers 9, de qui est granz dolors, quar il est chaùz en une doulereuse langour. > — «J)amoisele, fet-il 10, c'est mout grant doumage 11, s'il est tiex con vos dites. Si vos pri que me dites qui il est. » — t Sire, fet-ele, ce est li rois Peschierres, de qui est grant doulours. » — t Damoiseie, fet-il, vos dites voir, et Diex li doint ce que ces cuers vodroit. » — « Sire, fet-ele, sa vez-vos porquoi il est çhéus an langeur? » — « Damoiseie, nanil, mës je lesauroie volantiers. » — « Et je le vos dirai, fet-ele; ceste lan- guer 12 li est venue par celui qui se herberja*3 an son os tel, à qui li seintimes Graaus s'aparut; por ce que cil ne vost demander de qu'il an servoit 14, toutes les terres an furent conméues en gerre, ne *5 chevalier n'ancontra puis autre *G où il n'éust contançon d'arme sans nule autre achoison 17; vos méimes vos en povez bien estre apercéuz, car vos avez vostre bienfet délaié grant pièce, de quoi vous avez esté mout blasmez et tuit li autre baron qui pris ont garde à vos, car yos estes le miréour au siècle 18 de bien feire et de mal. Sire, je méiiçes me doi mout plaindre *9 del cheva-
1 Dieu nostre Seignor. — * Un chevalier qui por huec vendra. — 8 Qnar nos no la poroit osier.— 4 Laira.— « Brachés.— • Chacnns dusqti'à Tenre que lî chevaliers i vendra. —7 Mercis. — » Chn qu'on m'a chargie. — 8 Ad lien de : Et li pins d roi tarière, B. porte : Sire,/aît-ele, ce est li riches rois Peschieres. — 10 Riit li rois. — " Oonmages. La phrase suivante, & partir de ce mot, jusqu'à : vos dites voir, manque dans B. — *■ Languers. — » Héberga.— i< Por ce qu'il ne volt demander cui on en servoit et.— 15 Ne, manque dans notre Ms. — m Autre en forest ne en lande. — " Contenu d'armes sans raisnable ocoison. — m Le miréors al siècle. — 19 Me duel mout.
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lier, si vos monterrai porquoi. > Si desceovre son cbief du riche chapel, si montra au roi et à la réine et à toz les chevaliers de la sale sa teste toute chenue sanz cheveus *. c Sire, fet-ele, mes chiés estoit mout biaus et cheveluz et galonez de riches trécéors d'or, au point 2 que li chevaliers vint an l'ostel le riche roi Peschéor, mës je deving chauve 3 por ce qu'il ne fist la demande ; ne jà mès ne serai chevelue jusqu'à icele oure que chevaliers i ira qui mieuz fera la demande que cist ne fist, ou chevaliers qui le Graal conquerra. Sire , ancores n'avez vos pas éu * le grant doumaje qui avenus an est. Il a defors 5 ceste sale un char que III cers blans ont amené, et povez bien feire véoir con riches il est; je vos di que li traiant sont de soie et li chevillon d'or et li merriens del char est bruis 6, li char est touvers par desus d'un noir samiz et a desuz une croiz d'or tant corn il dure; et, au desoz la couverture el char, a C. et L chiés de chevaliers, de qui li un sont séélé an or et li autre an argent et li tierz an pion 7. Si vos mande li rois Pes- chierres que cest doumaches est avenuz de celui qui ne demanda de que l'an servoit du Graal. Sire, la damoisele qui l'escu porte tient an sa main le chief d'une réine qui est séélez an pion et couronnez de coivre 8, et si vos di que par la réine dont vos véez ci le chief fu cist rois trait9 dont je port le chief et les III manières de chevaliers dont li chief sont ès chars 10. Sire, anvoiez véoir là defors la richesce et l'atour du char. » — Li rois i envoia véeir Kex 11 le sèneschal. Il regarda bien dedans et defors ; après est revenuz au roi : t Sire, fet-il, onques mès si riche char ne vi, et si i a trois cers blancs qui le char moignent, les plus grans et les plus biaus 12 que nus véist onques. Mès, se vos m'an créez, vos panrois 13 celui qui devant est, quar il n'i a si cras et si an feroiz feire bon lardez. » — « Avoi, fet li rois, Kex, vos avez dit 14 grant vileinie; je ne le voudroie avoir fet por un autel roiaume est 15 cist de Logres. » — c Sire, fet la damoisele, qui coustumières 16 est
i Ghanneet samYhmls.— * Al jour. — » Chenue. — « Vén. — * Làdefori.— • D'ébenus. — * Plonc. — » Keavre. — » Trahis. — » Li chiés sont el char. - " I anroia Ké. — « Les plus beaos et les pins cras. — « Nos prenderoos. — u Dite. — « Por no tel roianme corne est. — *• Coutnmiers.
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de vileinie feire, si s'an oste moat à enviz. Misire Kcx 1 dira son pleisir, mès je sai bien que vos ne panroiz pas garde à son dit. Sire, fet la daraoisele, commandez à pandre l'escu à cele coulombe et le brachet à mètre ès chambres la reine avec les puceles. Si nos an irons, car nos avons ci assez esté. » — Misire Yvains prist l'eseu et l'osta 2 à la damoisele du col, par le conraandemant du roi 3, et le pant à la coulombe anmi la sale; et Tune des puceles la reine prant le brachet et le porte an chanbres la reine ; et la damoisele prant congié et s'an tome 4, et li rois la coumande à Dieu. Quant li rois ot 5 mangié an la sale, la réine et li rois se vont 6 apoiier aus fenestre por esgarder les III damoiseles et les III blans sers qui le char anmenoient; et dissoient li plusor que la damoisele qui an à pié aloit après les II' à cheval iert la plus me- séaisiée. La damoisele chenue s'an aloit devant, et ne remistson chapel an son chief jusqu'à icele eure qu'ele dut antrer dedanz la forest et que li chevalier qui aus fenestres estoient ne les porent mès véoir. Dont remist ele son chapel en son chief. Li rois et la réine 7 et li chevalier, quant il ne les porent mès véoir, descen- dirent des fenestres et distrent li auquant 8 que onques n'avoient véue nule chanue damoisele se ceste non.
ijLtant se test ores li contes du roi Artus, et retorne à parler 9 des III puceles et du char que li troi cers anmenoient. Eles sont antrées an la forest et chevauchent à grant esploit. Quant eles orent esloignié le chastel VII lieues galesches, si virent venir un cheva- lier par cele voie où eles 10 dévoient aler. Li chevaliers séoit sor un grant cheval mesgre et descharné, et ces haubers estoit anraouil- liez M et ces escuz trouez an plus de VII lieus 12. Et la coulor an fu 13 si esfacie que l'an n'en povoit la connoissance véoir 14 ne con- noistre. Et portoit un glaive mout gros en sa main. Quant il
« Notre Ms. dit : Y valût. — * Prant l'eseu et l'oste. — « Le congié al roi. — « Confié al roi si s'en torne. — 5 Quant on ot. — • Li rois et la reine et li cheralier* s'alérent. — * B. omet : et la reine. — 8 Li plusors chevaliers. — » Arthas et parole. — » Notre Ms. dit : ut — ii EnroUlés. — " Liens. — ** B* omet : an fn. — *« B. omet s reoir ne.
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aproocha h damoisele, si la salue mout hautement, c Damoisele, bien puissiez-vos venir et la vostre conpaignie î » — c Sire, fet-ele, joie et bone aventure vos ostroit Diex !» — c Damoisele, fet li chevaliers, de quel part venez-vos? » — c Sire, d'une cort que li rois Artus tient, grant plénière *. Alez-i-vos, sire chevalier, fet la damoisele, por véoir le roi Artu et la réine et li chevalier qui là sont? » — « Nanil, fet-il, je les ai véuz meintefoiz 2, mès je sui mout joianz del roi Artus qui s'est repris à bien feire, car meintefois an a esté coutumiers. » — c Quel part avez-vos la voie anprise? » fet la damoisele. — c An la terre 3 le roi Peschéor, se Diex la * me veust consantir. » — t Sire, fet-ele, dites-moi vostre non, et si vos aretez5 dejoute moi. » Li chevaliers tire son frain et les damoiseles s'arestent 6. « Damoisele, fet-il, mon non vos doi-je bien dire. L'an m'apele monseignor Gauvain 7, le neveu le roi Artu. » — « Quoi, misires Gauvain estes-vos? Par foi 8, li cuers le me disoit bien. » — « Damoisele, fet-il, oïl 9, » — c Diex en soit ahourez, car si bons chevaliers conme vos estes doit bien aler véoir le riche roi Peschéor. Or vos veil-je proier, par la vallor qui an vos est et par la franchise, que vos retornez avec moi et que vos me conduisiez outre un chastel qui est an ceste forest, où il a un poi de périt. » — c Damoisele, fet misires Gauvains, à vostre merci, volanté 10. » Il retorne avec la damoisele parmi la forest qui hauste estoit et feillie et poi hantée de gent. La damoisele li conte l'aventure des chiés qu'ele portoient et qui èrent u char, antresint coume ele fist à la cort le roi Artus, et de l'escu et du brachet qu'ele i avoit leissié; més à monseignor 11 Gauvain poise mout de la damoisele qui estoit à pié après eus 12. « Damoisele, fet misires Gauvains, porquoi ne monste ceste damoisele qui va à pié, sor le char 13? » — « Sire, fet-ele, nou fera. Ele ne doit aler se è pié non. Més se vos estes si bons chevaliers conme l'an dit, ele aura par tans feite sa pénitance. » — «En quele manière? » fet li Gauvains. « Je le vos dirai, fet-ele. Se Diex vos moigne à
1 B. ajouta : A Pennenoisense. — * Maintes. — 8 Damoisele, an la terre — 4 Le. — * Estes. — « Arrêtent et 11 chars. — 7 Oq m'appele Gauwaio. — • Fail-ele.— » B. ajoute : je sais Gaanuns. — » a rostre plaisir. — « Mes mensignor. — « Kls. — « Col char.
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l'ostel le riche roi Peschéor, et li seintimes Graaus s'apert devant vos 4, et vos demandez qui l'an an sert2, ele aura fete sa pénitence et je, qui sui chanue, recevrai cheveléure3. Et, se vos ainsint ne le feites, il nos couvandra soufrir mout anuiz, trèsqu'à icele oure que li Bons Chevaliers vendra et que il aura 4 le Graal conquis. . Car, par celui qui premièremant 5 i fu, qui ne fist la demande, sont toutes les terres an doulor et an gerre, et an languist li bon rois Peschières. » — « Damoisele, fet misires Gauvains, Diex m'en doint courage et volanté que je â gré li viengne de feire tel chose 6 et de quoi je soie louez à Dieu et 7 au siècle ! »
lYlisires Gauvains et les damoiseles s'an vont grant aléure et trépassent la haute forest, vert et feillue, où li oisel chantent g, et antrent an la plus hideuse forest et an la plus orrible que nus véist onques ; et sanbloit que onques verdeur n'i éust 9, ainz èrent toutes les branches nues et sèches 10 et tuit li arbre noir et brullé ainsint conme de feu 11 ; et la terre arse et noire par desuz, sanz verdure et pleigne de granz crevaces. ^Damoisele, fet misires Gau- vains, ceste forest est mout leide et mout hideuse. Dure-ele auques itele?» — c Sire, ele dure IX lieues 12 galesches, mès nos ne l'outerrons pas tote. » Misires Gauvains regarde d'oures an autre la damoisele qui vient à pié, et mout Tan poise se il le péust amender. Il chevauchent tant qu'il vindrent an une grant valée et voit 13 aparoir un chastel 14 qui estoit enclos d'une cengle 15 de mur, leide it ennieuse. Conme plus aproche le chastel, plus li sanble hideus, et voit granz sales aparoir qui mout èrent de leide figure 16 et voit la forest anviron autretele conme il l'avoit trouvée arrières, et voit un aigle 17 descendre du chief d'une monteigne, laide et orrible *8 et noire, qui parmi le chastel aloit si durement bruiant que ce sanbloit estre foudre et tounoires 19. Misires Gauvains voit
* A toi. — * Cui on en sert. — * Reserai chevelue. — * Nos conrendra soffrlr notre annai dasqn'a cele heure que li boens chevaliers aura. — * Premerainemeot. — « Et volante faire chose qui en gré li viengne.— 1 B. omet : à Dien et. — * Li oiselet chan- toient. — •N'i éust éne. — 10 Sèches et naes de feailles. — « Aatresi corne bralé de feu.— " Bien X liewes. — « Mesire Ganvains regarde el regort d'une grant valée et voit. — " Chastel noir. - « Chaingle. - *• Faitnre, — « Ewe. — ts Torble. — » U tonoire.
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l'antréè de la porte si laide et si orrible conme se ce fust anfers ; et ot dedanz le chastel granz cris et plours; et oit que li plusor dient : « Diex, qu'est devenus li Bons Chevaliers et quant venra-il?» — « Daraoisele, fet misires Gauvains, quex chastel est-ce ci, qui si est laiz et hideus *, où l'an démaigne tel doulor et regreste la venue du Bon Chevalier?» — « Sire, c'est li chastiaux du Noir Hermite. Si vos veil proiier 2 que vos ne vos entremêlez de chose que cil de laianz me facent; iost vos en porriez bien morir, ne vos n'auriez force ne povoir contre eus. » Il aprochent le chastel à II archiées près, et voici parmi la porte venir 3 cheva- liers armés sor noirs chevaus, et lor armes 4 toutes noires cl lor escuz, et esloient CLII mout péoureus à voir 5, et vienent à mout grant eslès vers la damoisele et vers le char, et prennent les C et LU chiés, chaucun le sien, et les mettent anson lor glaives, et rentrent dedanz le chastel à mout grant joie. Misires Gauvains vit l'estoutie que li chevalier orent feite 6, il en a mout grant honte à soi méimes 7 de ce qu'il ne s'est méuz. c Mesire Gauvain, fet la damoisele, or povez savoiyjae vostre force ne vaussist ci gaires. » — c Damoisele, ci a mal enastel où Tan robe ainsint la gent. » — c Sire, cist doumages n'iert amandez, ne cil maufeitor 8 de là dedanz pleisiez, ne cil gîtez de la prison qui là dedanz crient et plorent, jusqu'à cele ore que li Bons Chevaliers venra, que vos oïstes ore regreter-. » — « Damoisele 9, mout peut estre liez li chevaliers qui tant 10 de maie gent destruira par sa valor et par son hardement. » — « Sire, quar c'est li mieudres chevaliers du monde 11 et si est assez de jeune aage, mès je sui moult dolante an mon cuer de ce que je ne sai veraies noveles de lui i2. Car je le verroie plus volantiers que nul home qui vive. » — « Damoisele, ausint feroie-je, fet misires Gauvains, et puis m'an retorûeroie j>ar vostre congié. » — c Nanil, sire, si vanrois outre le chastel, puis vos anseignerai la voie par où vos devez aler. »
* Lai* et histeus. — > Requerre et prier. — 5 Notre Hs. omet : Tenir. — « Érent tontes noires et lor esens et lor glaives. — * Notre Ms. omet : à véoir. — • Ce commencement de phrase manque à B. — 1 Mesires Gauwains a mont grant honte en soi méisme. — a N'iert restorés ne cis outrages, ne cil malfaiteur. — * Fet mesires Gaurains. — *• Liés qui tant. — " Li mieldre del monde. — t* Notre Ms. omet : de lui.
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XJLtant s'an vont u chastel 1 tuit ansamble. Si com il dévoient entrer u mur 2 du chastel, ès-vos I chevalier où il ist fors par une fausse poterne du chastel, et séoit sor un grant cheval, armez, un glaive an son poing, et avoit à son col un vermeil escu où il a voit escrit un eigle d'or. « Sire chevaliers, fet-il à monseignor Gauvain,. [je vos proie que vous arrestez. » — t Que plaist-vos? » fet misires Gau vains3]. » Il vos convient, fet-il, jouster à moi et conquerre cest escu, ou je vous conquerrai. Et li escuz est mout riches, si vos devez an grant poigne mestre de l'avoir et du. conquerre, car. H fu au meillor chevalier qui onques fu de sa loi et au plus pois- sant et au plus sage. » — t Qui fu-il donc? » fet misires Gauvains.
— c U fu Judas Macabé, celui qui fet a d'un oisel à prandre autre. >
— t Vos dites voir, fet misires Gauvains, bons chevaliers fu-il. » — t Dont porriez vous estre bien joieus fet cil, se vos le povicz conquerre 5, car U vostres si est li plus poures et li plus escroiz que je onques mes véisse porter à chevalier 6. Car à poines en peut l'an la coulor connoistre. * — c ^r povez bien véoir, fet la damoisele au chevalier, que li siens escuz n'a pas 7 esté oiseus, ne li chevaus sor quoi il siet n'a pas esté si séjournez conme li vostres. > — c Damoisele, fet li chevaliers, Ion plez 8 n'i a mestier. U le convient jouster à moi; quar je le desfi9. » — Fet misires Gauvains : c foi bien que vos dites. » H se traist arrières et prant son escu 10, et li chevaliers autresi, et vient li uns vers l'autre quanque cheval pèvent randre, les glaives aloigniez. Li chevaliers fiert monseignor Gauvain sor son escu, où il n'a voit pas grant force11, et passe outre et au passer brise li chevaliers son glaive 12, et misires Gauvains le fiert de son glaive anmi le piz et le porte à terre par desus la croupe de son cheval, tout anferré de son glaive dont il avoit bien pleine pausmée an la forcele. Il retrait son glaive
* B. omet : U chastel. — » Outrer le mur. — * La phrase placée entre crochets appar- tient à B. — « Moult joians.— * Se ?os povex son escn conqoerre. — « Chevalier porter. — 7 Fet la damoisele del char, que li chevalier et li escus n'ont pas.— 8 Lons plez.— » Jouster à moi en totes Ans et je te deffi. — w Son eslés. — 11 Deffois. — « Et Pompasse outre un grant doe, et brise son glaive al passer outre.
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à lui, et, quant li chevaliers se santi desferez, il sailli an piez et vint droit à son cheval et vost mestre le pié an restrier, quant la damoisele du char c'escrie : t Misire Gauvain, ostez le chevalier, car, se il estoit remontez, trop i aroit poigne à lui conquerre. » Quant li chevaliers ot nonmer monseignor Gauvain, il se trait arrières : « Conment, fet-il, est-ce donc li bons Gauvains, li niés le roi Artu? » — t Oïl, fet la damoisele, c'est-it 1 san faille. » — t Sire, fet li chevaliers à monseignor Gauvain, esles-vous ce2? »
— t Oïl, fet-il, je sui Gauvains. » — « Si vos plest, sire, fet-il, je m'an tieng à conquis. Et mout sui dolanz que je nu soi ainçois que je fusse mêliez à vos. » 11 oste l'escu de son col et li tant : c Sire, fet-il, tenez l'escu qui fu au meillor chevalier que l'an séust qui fu de son tens de la loi 3; car je n'an connois nul an qui il fust mieuz anploiez qu'an vos. Et de cest escu sont conquis tuit li chevalier qui an cest chastel sont an prison. » Misires Gau- vains prant l'escu qui mout estoit biaus et riches, c Sire, fet li chevaliers, or me donez le vostre; car II escuz ne porterez vous pas. » — « Vos dites voir, » fet misires Gauvains. Il oste la guige de son col et li vost doner l'escu, quant la damoisele à pié : « Avoi, sire chevaliers qui misires Gauvains avez non, que volez-vos feire*? Se il anporte là dedanz le chastel vostre escu, cil du chastel vos tandront por recréu et por conquis, et vendront ça fors por vos conquerre et vos anmanront u chastel à force, où vos seroiz gîtez an la doulereuse prison ; quar l'an ne porte là dedanz escu se de chevalier conquis non. » — t Sire chevaliers, [fet misires Gauvains]5, vos ne volez pas mon bien, selonc ce que cele damoisele me dit. »
— € Sire, fet li chevaliers, je vos jcri merci, et autre foiz me tieng à conquis; et mout fusse joianz se je an péusse porter vostre escu laianz et mout an eusse grant honor; car jà mès escuz de si bon chevalier n'i an anterra, et mout me doit estre bel de vostre venue, .conmant que vo9 m'aiez navré de la greignor plaie; [car vos m'avez gelé de la greignor paine] 6 que onques chevaliers éust. » — t Quex
* B. omet : c'eit-il. — * Vos en kérroie-je? — » Qoe Pan séust, etc. Cette fin de phrase manqoe dans B. — * S'wcrie : Mesires 6., que rolei-yos faire? — * et ». Les mots placés entre crochets manquent dans notre Ms.
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est la paine * ? » fet misires Gauvains. « Sire, fct-il, je le vos dirai. Ci devant avoit trespas de chevaliers meintes foiz et de hardiz et de couarz. Si me covenoit à eus contandre et jouter et randre mellée, et lor feisoie présant de l'escu aussiut conme je fis à vos 2. Je trou- voie les plusors hardiz et desfansables ,. qui me navroient an plusors leus; mès onques chevaliers ne m'abati ne ne me dona ' si grant cop conme vos féites. Et, puisque vos enportez l'escu et je sui conquis, jà mès chevaliers qui past devant cest chastel n'aura garde moi ne de chevalier qui là dedanz soit. » — « Par mon chief, fet misires Gauvains, or aim mieuz la conqueste que devant. » — « Sire, fet li chevaliers, je m'an irai à vostre congié, ne ne porrai ma honte céler u ehastel, ainz le covendra monstrer tout an apert. » — t Diex vos doint bien feirel » fet misires Gau- vains. « Misires Gauvains, fet la damoisele du char, donez-moi vostre escu que li chevaliers an vouloit porter. » — « Damoisele, fet-il, volantiers. » La damoisele qui aloit à pié prant l'escu et le met dedanz le char. Et li chevaliers qui conquis estoit remonta desor son cheval et rantra dedanz le chastel ; et, quant il fu antrez, si i leva une noise et un granz cris, si granz que toute la forest et toute la valée en conmença à retentir., « Misires Gauvains, fet la damoisele du char, li chevaliers est honiz 3 et là gitez en prison autre foiz. Or tost, misires Gauvains, or vos en povez aler. » Atant se remestent tuit ansenble à la voie et esloignent le chastel 4 une lieue englesche 5. « Damoisele, fet misires Gauvains, quant vos pleira, je aurai vostre congié. » — « Sire, fet-el, Diex soit garde de vostre cors, et mout grant merciz de votre convoiement ! » — € Dame fet-il, li nostres 7 servises vos est touz prez. » — c Sire; gran merciz, fet la damoisele, et véez ilec vostre voie à cele grant croiz à Tantrée de cele forest. Et est la plus duisant qui soit8, quant vos auroiz trespassée ceste qui mout est an- nieuse. » Misires Gauvains s'an torne, et la damoisele à pié l'escrie : c Sire, vos n'estes pas si apanssez conme je cuidoie. » Et
1 Notre Ms. : plaie.— * Corne je fis rot. — 5 Honir, manque à notre Ms. — « Dn ehastel — 5 Une grant liene ftalesche. — « Damoisele. — » Li miens. — 8 Et trorerét là dedans la pins bêle forest et la pins déduisant qui soit.
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misires Gauvains retorne le chief de son cheval mout esfraement : i Por quoi, fet-il, damoisele, le dites-vos? » — c Por ce, fet-ele, que n'avez ancore demandé à ma damoisele por quoi ele porte son braz à sen col pandu an cele astele d'or où li rices oreilliers est, sor quoi li braz gist. Autresint apanssez seroiz-vous an là cort au . riche roi Peschéor?» — c Ma douce amie, fet la damoisele [du char] *, n'an blâmez mie monseignor Gauvain [seulement], mais le roi Artu avant, et tous les chevaliers qui èrent an la cort. Car il n'an i ot nul apanssé du demander. Misires Gauvains,- alez-vos an, car por noiant le demanderiez ore, car je ne le vos diroie pas, ne jà ne le sauroiz se par le plus couart chevalier du monde non, qui est à moi et me va querrant, ne ne me set où trouver. » — < Damoisele* fet misires Gauvains, je ne vos an os plus anpres- ser. » Atant s'aa part la damoisele, et misires Gauvains an vet sa voie * qu'ele li avoit anseigntée 3.
ne autre branche du Graal conmance ci, el non du père, el non del fil, el non du seint esperit. Ici se test li contes des trois damoiseles et del char et dit que misires Gauvains a trespassée la forest qui tant est leide 4 et est antrez an la plus bele forest et an la grant et an la haute et an la planteureuse de bestes. Et chevauche à grant esploit, mès mout est esbahiz de ce que .la damoisele li a dit et de ce 5 qu'il n'an ait blasme. Mout chevaucha au lonc du jor, tant qu'il fu vespres et li souleus dut couchier 6. Et esgarda devant lui et voit la meson d'un hermite et la chapele an l'espoisse de la forest, et sordoit une fonteingne par devant la chapele, qui mout estoit et
* Tons les passages placés entre crochets ne sont pas dans notre M»., ils ont été empruntés i celai de Berne. — * S'en remet tots la Toie. — » B* ajoute ici i l'encre ronge : Une branche, et passe auisittt à ces mots : El nom del père et del fll et del saint eipe* rit. — « La maie forest. — * It doute qu'il n'en ait blasme en mout de liens.—* Esconser-
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clère et raide, et avoit par desus un arbre tout réont 1 et large, qui randoît onbre à la fonteingne. Une damoisele séoit desouz l'onbre 2 et tenoit une mule par les reignes, et avoit à l'arçon de la sele pandu le chief d'un chevalier. Et misires Gauvains vint cele part et est deftenduz : < Damoisele, fet-il, Diex vos doint bone aven- ture3! » — « Sire, fet-ele, et à vos toujours! » Quant ele se fu levée ancontre lui : « Damoisele, fet-il, que atandez-vos ci?» — « Sire, fet-ele, je atant Termite de ceste seinte chapele [qui est alés en la forest], et li veil demander nouveles d'un chevalier. » — « Guidiez- vos qu'il les vos die, ne que il les an sache? » — t Sire, oïl, ce m'est avis, si conme Tan me dit 4. » Atant ès-vos l'ermite qui venoit et salue la damoisele et monseignor Gauvain et euvre l'uis de sa meson et met les deus chevaus 5 anz, et lor abat les frains et lor donc herbe avant et orge après; et lor vost oster les seles, quant misires Gauvains saust avant : < Sire, fet-il, nou ferez; il n'a- fierl 0 pas à voz. » — t Tôt soie hermites, fet-il 7, si an sai-je bien à chief venir; car je fui, an cor le roi Uter Pendragon, valez et chevaliers XL ans, et an cest hermitaje ai-je esté plus de XX ans.» Et misires Gauvains le regarde à merveille : « Sire, fet-il, il sanble que vos n'aiez mie XL ans. » — «Ce sai-je bien de voir. » fet li hermites. Et misires Gauvains oste les seles et pansse plus de la mule à la damoisele que de son cheval. Et li bermiles prant mon- seignor Gauvain par la main et la damoisele, et les moigne an la chapele. Et li leus estoit mout biaus « Sire, fet li hermites à monseignor Gauvain, vos ne vos désarmeroiz pas, fet-il ; car ceste forest est trop aventureuse et nus preudome ne doit estre desgar- niz. » Il vet por son glaive et pour son escu et les met dedanz la chapele. Il lor aporte devant lor tel viande conme il avoit et de la fonteinne [à boivre quant il orent mangié]. < Sire, fet la damoisele, d'un chevalier que je vois querre vos sui venue demander 9. » — « Qui est li chevaliers?» fet li hermites. « Sire, ce est li Chastes
1 Qui tout réons estoit. — * L'arbre. — 8 Bone aventure vous doinst Diex. — * Sire, oïl, ce dit. — 5 Chevachéures. — « Car il n'aflerl. — 7 Tôt soe, fet li hermites. — • Quar li lieus i estoit mont beaus. — 9 Demander norcles.
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Chevaliers du seintime lignage. Il a chief (Tor, et regarl de lion, et oombril de virge pucele, et cuer d'acier, et cors d'olifant1, et tesches sanz vileinnie. » — < Damoisele, fet li hennîtes, je nu vos ansei- gnerai mie, quar je ne sai pas certeignement où il est, mès il a jéu an ceste chapele par II foiz, non pas une 2, n'a pas encor I an. »
— t Sire, fet-ele, ne m'an diroiz-vous plus, ne a us très noveles? »
— c Nanil 5, » dit li hermites. < Et vos? fet-ele, misires Gau- vains. » — < Damoisele, fet-il, je le verroie autresint volantiers eonme vos. Mès je ne truis qui nouveles m'an die. » — < Et la damoisele del char, sire, véistes-vos? » — « Oïl, dame, fet-il, n'a gaires que je me parti de li. » — < Portoit ore ancore son braz à son col pandu? » — c Oïl, fet misires Gauvains, ele Pi portoit. »
— c Grant pièce, fet la damoisele, l'i a porté. » — < Sire, fet li hermites 4, eonmant est vostre non 5? » — c Sire, fet-il, l'an m'apele Gauvain, le neveu le roi Artu. » — c Tant vos ain-je mieuz. » fet li ermites. « Sire, dit la damoisele, vos estes del lignage au poior 6 roi qui soit. » — c Duquel roi dites-vos? » fet misires Gauvain. c Je di, fet-ele, du roi Artus par qui touz li siècles [est empiriés, car il] anconmança bien à feire et ore est devenuz mau- veis. J'an anhaï 7 1 chevalier por aïnor de lui, que je trouvai 8 vers la chapele seint Augustin, et estoit li plus biaus chevaliers que je onques véisse. Il ocist un chevalier dedanz la barre mout hardie- mant. Je li demandai le chief du chevalier et le r'ala por ec et se mist an grant péril ; il le m'aporta et je li fis grant joie; mès, quant il me dit qu'il ot non Artus, je ne l'an soi gré de la bonté qu'il m'ot feite, por ce qu'il avoit le non du mauveis roi. »
« Damoisele, fet misires Gauvains, vos diroiz vostre pleisir ; je vos di que li rois Artus a tenue la plus riche cort qu'il tenist onques, et de la mauveistié dont 9 vos li portez blâme se vost il eschiver à toujorz mès, et fera plus de bien et plus de largesce
1 Notre M s. porte : et coer de falor et tesches sans vileioie. J'ai préféré la version de B.
— * B. omet : non pas une. — 5 Damoisele, je non. — « 01!, fet messire GanTains. — Ele ie portera grant pièce, fet la damoisele. — Sire, fet li hermites. — 5 Nons. — 6 Al pior.
— ' Je hé trop. — 8 Qui me tro?a. — 9 De coi.
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qu'il ne fist onques que Fan .sache 1 orandroit, tant conme il vivra ; et je ne connois nul chevalier qui port son non. » — « Vos avez droit, fet la damoisele, se vos le rescovez 2, puisqu'il est vostre oncle; mès vostre rescousse ne li vaudra geires se il méimes ne s'an oste. » — t Sire, fet li hennîtes à monseignor Gauvain , la damoisele dira son pleisir ; Diex garisse le roi Artus 3 1 car ces pères me fist chevalier. Or si sui prêtres et ai puis servi, an l'ermitage, puis que g'i ving le roi Peschéor, par la volenté de notre Seignor et par son conmandemant, et tuit cil qui le servent s'aparçoivent bien de son gerredon, car li leus de son servise 5 repaire est si dous que, quant l'an i a esté un an, ne sanble il pas que l'an i ait esté I mois, par la seintéé du leu et de lui, et an son chastel 6 où je ai fet meintefois li servise an la chapele où li seinz Graaus s'aparut7. Por ce, sui-je ainsint de jeune aage [par sanblant], et tuit cil qui le servent. » — « Sire, fet misires Gauvains, par où vet-an an son ostel? » — c Sire, [fet li hermites], nus ne vos an peut anseignier la voie, se la volanté nostre seignor ne vos i moinne; et i voudroiz-vos aler?» — « Sire, [fet misires Gauvains], c'est la greindre voulante que je aie. » — « Sire, fet li hermites, or vos doinst Diex voulanté et courage de feire la demande 8 que li autres chevaliers à qui li Graaus s'aparut ne vost feire, por quoi meintes meschéances sont avenues puis à meintes genz. »
ixtant leissièrent le parler, et li hermites mena monseignor - Gauvain an sa meson reposer, et la damoisele demoura en la cha- pele. L'endemain, quant 1 aube aparut, misires Gauvains, qui ot jéuz touz armez, se leva et trova mise sa sele, et la damoisele autresi, et les frains mis; et vient à la chapele et treuve 9 l'ermite qui iert apareilliez por la messe chanter *o, et voit la damoisele ajenoilliée devant une ymage de Nostre Dame, et prioit Diex et la doce Dame qu'il 11 la conseust de ce qui mestier li seroit, et pieu-
* Et plu» de Parg esse tant corn i! Tirra que nus rois que ore tache. — * Rescoés. — » Arto. — « Que je fiog en l'ermitage. — * Senrioe sainiisme. — * Par la sainteté du lien et par la dochor de ton chai tel. — 7 S'apert. — * ûez courage feire la demande. — ' Voit. — *e por mette chanter. — " Kt proie Dien et la douée mère merci qu'il, etc.
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roit mout tandremant, si que les lerraes li couraient 1 aval la face. Et, quant ele ot grant pièce oré, si se dresce 2, et misires Gauvains si li dist que bonjor li donast Diex 3. Et ele li ranvoie son salu. c Damoisele*, fet-il, moi sanble que vos n'estes pas très bien joieuse 4. » — « Sire, fet-eie, je ai droit, car je sui près de mon désertèment, car je ne puis trouver le Bon Chevalier. Or si me convient aler au chastel du noir hermite et i porterai 5 le chief qui pant à l'arçon de ma sele; car autremant ne porroie passer parmi la forest, que mes cors riï fust detenuz ou vergondez; ce iert la quitance du passage; puis, querrai la damoisele du char, et irai par la forest sauvemant. » Atant a li hermites la messe con- mapciée et misires Gauvains et la damoisele l'ont oïe. Quant la messe fu chantée, monseignor Gauvains prist congié à Termite et la damoisele autresi. Et misires Gauvains s an vet d'une part et la damoisele d'autre, et conmandent 6 li un l'autre à Dieu.
se test atant li contes de la damoisele et dit que misires Gauvains s'an vet 7 parmi la haute forest et chevauche à grant esploit et prie à Dieu mout doucement que il le meste an tel voie par où il puisse 8 aler à la meson au riche roi Peschéor 9. Et che- vaucha jusqu'à ore de midi, et vint an la forest plénière et vit desouz 10 un arbre un valet descendu d'un chacéor. Misires Gau- vains le salue et cil 11 li dit : c Sire, bien puissiez -vos venir! » — € Biau douz anmis, quel part iroiz-vos? » fet misires Gauvains. « Sire, je vois querre le seignor de cesle forest. » — c Gui &t la forest 12? » fet misires Gauvains. c Sire, ele est au meillor cheva- lier del monde. » — « Sauriez-m'en- vos dire noveles?» — « 11 doit porter un escu bandé d'asur et d'argent, à une croiz vermeille el une boucle d'or. Je di qu'il est bons chevaliers, si nu déusse-je pas louer, car il ocist mon père an ceste forest d'un gavelot. Li Bons
i L'en qneoreot. — * Redresce. — * GauTains li dist bonjor li doinst Des. — 4 Qne Vos ne soiés pas bien lie. — * Porter. — 6 Commande. — 7 Si se taist li contes de la damoi seie et parole de monseigneur Ganvaio. Ci dit li contes que mesires GaaTains s'en ra. — • Pnist. — 9 A la tere le roi Peschenr. — 10 Dasqn'à l'heure de midi et rit en la forest plaoiére dosons. — « Notre Ms. omet : cil. — u Coi est-ele la forest?
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Chevaliers estoit valiez quant il l'oeist *, et je veogeroie volantiers mon père de lui, se je le irouvoie ; car il me toii le meillor chevalier qui fust u réaume de Logres, quant il ocist mon père. Il le me toli bien, quant il le m'ocist sans desfansse 2, de son gavelot ; ne je ne serai jà mès à eise ne à repos si l'aurai vengié. » — < Biax douz amis, (et misires Gauvains, puis que il est si bon chevalier, gardez que vos n'acroissiez vostre doumache de vos méimes, et je voudroie que vos l'éussiez trouvé par si que maus ne l'an venist 3. »
c Ge ne voudroie-je * pas, fet li valez, car je ne le verrai jà an cest leu que je ne li coure sus, conme à mon ennemi mortel. » — c Biau douz amis, fait misires Gauvains, vos diroiz votre pleisir, mès dites-moi se il a nul recet an ceste forest où je me puisse annuit herberger. > — « Sire, fet li valiez, je n'i sa recet jusqu'à XX lieues en tous sans 5 en vostre voie; vos n'avez que targier, car près est de none. » Et misires Gauvains salue le vallet, si s'an vet grant aléure si conme cil qui ne sot ne voie ne santier, se ainsint non conme6 aventure le moigne. Et li plest mout la forest, qui si est bele, et ce qu'il voit trespasser les bestes par granz routes 7. Si chevaucha tant qu'il vint à l'avesprir 8. La vesprée estoit bele 9 et série et li souleus devoit esconser. Et ot chevauchié XX lieues galesches puis qu'il fu partiz du vallet; il douta mout qu'il ne trouvast nul recet. Il trouva la plus bele praierie du monde, et regarda avant soi quant il ot chevauchié II archiées, et voit un chastel aparoir de la forest 10 desor une monleigne. Et estoit clos de granz murs à querniaus, et avoit dedanz riches sales dont les feneslres paroient par defors 11 les murs, et il avoit Une tor 12 enciene u mileu 13 et estoit avironnez de granz èves et de granz praieries u. Misires Gau- vains se trait cele part et esgarda vers l'antrée du chastel, si an voit un valet oissir grant aléure sour un roncin, et venoit la voie que
1 Notre Ils. dit: il oci*t. — * DcfBance. — 3 Que dos l'éussiens Irové par si que mal ne Ken dôust avenir. — * Feroie-je. — s Lieues galesches. — « Ne les voies ne les chemins fors ensi corne. — 7 Les bestes trespassenl devant lui à grant ronte. — 8 Qu'il vient à l'aresprir à un des chiés de la forest. — » Coie. — w Près de la forest. — 11 Sales feoestrées qui paroient par deous. — 11 Grant tor. — 15 Eromi le chastel. — u Prairies et de riches forest.
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misires Gauvains venoit. Et quant li valiez apressa *, si le salue moul hautement.
ire, bien puissiez-vos venir! » — « Bone aventure aiez- vosî fet misires Gauvains. Biau douz anmis, quex c h a s lia us est-ce ci? » — « Sire, c'est li cbastiaus à la vesve dame. » — c Conmant a-il non?» — c Akamaalot, et fu Viliain le gros, qui mout fu loiaus chevaliers et preudon. Il est morz pièça et ma dame est demourée sanz aïe et sanz conseil. Si est li chastiaus degerré, car Fan li veust tolir à force ; li sires des Mores et uns autres chevaliers qui la gerroient et li vuellent tolir son chastel 2. Ele dcsirre mout la revenue de son fil, car ele n'a plus de conseil fors d'une soie fille et de V chevaliers autres3 qui li aident à garder son chastel. Sire, fet-il, la porte est fermée et li ponz traiz amont, car Tan garde le chastel 4; raès vos me diroiz vostre non et, se il vos plest, g'irai avant et ferai le pont abeissier et la porte desfermer, et diroiz que vos i herbergeroiz annuit. » — < Grant merciz, fet misires Gau- vains, mout saura l'an bien, ainz que je me parte du chastel, mon non. > Li valiez s'an vet grant aléure et misires Gauvains chevauche tout le pas, car il avoit grant jornée à feire, et trova une chapcle qui séoit antre la forest et le chastel, et esloit assise sor MI cou- lonbes de marbre, et avoit dedanz un sarceil mout bel. La chapele n'esloit close de nule riens, ainz voi l'en le sarceil tout an aperl; et misires Gauvains s'i arcste por esgarder. Et li valiez est antrez u chastel et a fet le pont abeissier et la porte ouvrir; il descent et est venuz an la sale où la veve dame estoit et sa fille. Et la dame de- manda au vallet por quoi il estoit retornez 3. < Dame, por le plus bel chevalier que je onques mes véisse, qui çoianz veust herber- gier, et est garnis de toutes armes et chevauche sanz conpaignie. » — c Et conment a-il non? » Cet la dame, t Dame, il me dist vos le sauriez bien ainz qu'il se parte 6 de cest chastel. » La dame con-
i Qaant li râliez le voit et il Tôt auques aproebiô. — * B. ajoute : Et bien l'en ool . tolo VU. — 8 Anciens. — * On garde le chastel près. — 5 Fait la dame ao vallet : « Porcoi estes-ros retornés de faire moa message? » — 6 Que nos saverieos bien son nom ainz qu'il partesist.
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mança lors à plôrer de joie et sa fille ausinl ; et tandent lor mains vers le ciel * : * Biau sire Diex, fet la veve dame, se ce est me fiuz 2, je n'oi onques mès joie qui à cesle s'apareillast 3 ; je ne seroie pas déséritet de m'arçnor, ne me perdroie mon chastel que l'en me veust tolir à tort, por ce que je n'ai seignor ne avoé. »
A.lant se liève la veve dame et sa fille et s'an vont desour le pont del chastel et voient monseignor Gauvain qui ancore esgardoit le sarceil de la chapele. « Or tost, fet la dame, au sarceil porrons nos bien véoir se ce est il. » Eles s'an vont vers la chapele grant aléure, et misires Gau vains les voit venir, si descent. « Dame, fet-il, bien puissiez- vos venir, et vos et vostreconpaignie! y La dame ne respont mot, ainz vient au sarceil; quant ele nu treuve ouvert, si chiet pasmée. Et misires Gauvains est mout esfraez quant il voit ce4. La dame revint de pâmoison et giète un grant pleint. « Sire, fet la damoisele à monseignor Gauvain, bien soiez-vos venuz ! Ma mère 5 cuida oreins que vos fussiez ces fiuz, si an mena mout grant joie ; et ore voit bien que vos ne Testes pas, si an est mout dotante; quar cis sarceuz doit ouvrir tantost 6 conme il revendra, ne ne saura Tan, très qu'à icele eure, qui gist dedanz. » La dame se dresce et prant monseignor Gauvain par la main : « Sire, fet-ele, conment est votre nom? » — t Dame, fet-il, Tan m'apele Gauvain, le neveu le roi Artu. » — « Sire, fet-ele, vos soiez le bien venuz por l'anmor de mon fiuz et por amor de vos ! » La dame fet mener à un vallet dedanz le chastel son cheval et porter son escu et son glaive. Puis, antrent dedanz le chastel et moignent monseignor Gauvain an la sale et le font désarmer; après li aporte l'en Tève por laver ces mains et son vis, car il esloit camoissiez du hauberc. La dame li fet veslir une riche robe de dras de soie et d'or et forrée d'ermine. La vesve dame ist hors de sa chambre et fet séoir monseignor Gauvain dejouste lui. « Sire, fet-ele, savez-me-vos dire novele de mon fiuz que je ne vi piéça, ore dont je auroie mout grant mestier. »
i Les ciels. — * Se ce estoit mes fils. — » Notre Ms : M'aparillast.— 4 Quant il le Toit. — & Madame ma mère. — * Ici s'arrête le premier fragment dn Ms. de Berne. -
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ame, fet-il, je ne vos sai à dire ouïes nouvelles de lui, ce poise moi, car il est li chevaliers du monde que je verroie plus volentiers, se c'est vostre fiuz que Tan dit. Conmant a-il non? » — « Sire, fet-ele, Pelles va us an droit bautesme, et estoit mout |)iaus valiez quant il se parti de çoianz. Orsuna l'an dit que ce est li plus biaus chevaliers qui vive et li plus hardiz et li plus nez de toutes vileinies. Si m'auroit grant mestier ces hardemenz, car il me leissa en grant gerre, quant il s'anparti de ci, por le chevalier au vermeil escu qu'il ocist; il s'an ala dedanz la semaintoe si c'onques puis ne le vi, si a jà bien VII anz passez. Or si me guerroie li frères au chevalier qu'il ocist et li sires des Mores, et me veullent tolir mon chastel si Diex ne m'an conseille. Car mi frère me sont trop loig, et li rois Pelles de la Basse Gent a gerpie sa terre por Dieu et est antrez en un henni tage; li rois du Chastel Mortel a autretant de mauvestié et de félonnie conme cist dui ont de bien en eus, qui assez en i ont. Cil ne m'i feront ne secourz ne aide, car il cha- longent monseignor le roi Peschéor et le seintime Graal et la lance dont la pointe seingne chaucun jor; mès, se Dieu plest, il ne l'aura jà. »
< Dame, fet misires Gauvains, il ot an l'ostel le roi Peschéor I chevalier devant qni li seinz Graaus aparut 111 fois, ne onques ne vost demander de quoi il servoit ne qui il honoroit. > — « Sire, dit la fille à la veve dame, vos dites voir, et si est il li mieudres che- valiers del monde, ce dist l'an por l'amor de mon frère, mès je ain mout tous les chevaliers par anmor de lui; mès par le fol sans du chevalier est chéuz li rois Peschièrres mes oncles en langour. » — € Sire, fet la dame, tuit bon chevalier doivent aler véoir le riche roi Peschéor; dont n'iroiz vous? » — c Dame, fet paisires Gauvains, oïl, au plus tost que je pourrai. Car je n'ai aillors la voie enprisc. » — t Sire, fet-ele, dont iroiz-vos mon fiuz véoir, si direz à mon fiuz, se vos le véez, ma mesaise et ma mestance, et le roi Pescbierre mon frère. Mès gardez, misires Gauvains, que vos soiez mieuz apanssez que ne fu li chevaliers. » — « Dame, fet misires Gauvains, je ferai ce que Diex m'enseignera. » Endemantres qu'il parloient
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ainsint, atant ez-vos les V chevaliers à la veve dame qui vcnoient de la forest, et font aporter cers et biches et cenglers. Si descen- dirent et font grant joie de monseignor Gauvain, quant il soient que ce iert il.
Vouant la viande fu p restée, il s'asistrent au mangier et furent mout bien conraé et servi. Atant ez-vos le vallet qui ot la porte ouverte à monseignor Gauvain. Si s'ajenoille devant la veve dame1. « Et quex nouveles? » fet-ele. — « Dame, il aura une mout grant assemblée ès va us qui jadis furent nostres. Jà i sont tandues les loges galesches, et si sont cil anmedui qui vos gerroient et autre chevalier à grant foison. Et ont devisié que cil qui mieuz le fera asanbler prandra la garnison an cest chaste), quar il le gar- dera à un an anconlre touz les austres. > La dame vesve conmence à plourer. « Sire, fet-ele à monseignor Gauvain, or povez oïr, cest chastel n'est pas miens, ainz veullent dire cil chevalier qu'il est leur, si com vos entandez. » — c Certes, dame, fet-il, il font grant vileinie et péchié. »
Vouant la table fu ostée, la damoisele chiet à monseignor Gauvain au piez en ploraat; il l'en redresce tantost et li dist : t Ha! damoisele, mar i féistes. » — « Sire, por Dieu, preigne-vos pitié de ma dame ma mère et de moi. » — « Certes, damoisele, pitié en ai-je grant. » — c Sire, ore verra l'en, à cest besoing, se vos estes bons chevaliers. Car la chevalerie est bone qui bien fet por Damedié. » La veve dame et sa fille s'an vont an la chanbre et li liz monseignor Gauvain fu fez enmi la sale. Si se vet couchier et li V chevalier autresi. Misires Gauvains fu la nuit an grant penssée. L'endemçin, quant il fu levez, il ala la messe oïr à une chapele qui loianz estoit et après menja MI soupes en vin; si s'arma après ; tantost lors demanda aus V chevaliers qui loianz ièrent s'il iront véoir L'asanblée. c Oïl, sire, font-il, se vos i alez. » — « Par foi, voirement i irai-je. » fet misires Gauvains. Li che-
* J'ai retranché ici le commencement d'une phrase, inachevée : Et li dist qu'il.
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valier se sont armez tantost et a l'en amené leur chevaus et le monseignor Gauvain, et H vet prandre congié à la vesve dame et à sa fille. Mès de ce meinent-eles grant joie qu'eles li ont oï dire qu'il ira avec leur chevaliers à l'asenblée.
Mjsires Gauvains et li V chevalier raonstèrent et issirent fors du chastel et chevauchièrent grant aléure devant une forest. Misires (?auvains esgarde devant li, an la forclose de la forest, et voit la plus bele qu'il onques mès éust véue, et est si grant qu'il n'an pot pas la quarte partie véoir ne savoir. El est garnie de hautes forest d'une part et d'autre, et de granz pierres u milieu et de bestes sauvages, t Sire, font li V chevalier, vez-ci les vaus de Kamaa- loth que Tan a toluz à madame et à sa fille, et des plus riches chastiaus qui soient en Gales très qu'à VII. » — t C'est torz et péchiéz. » fet misires Gauvains. Il ont tant chevauciiiù qu'il voient les enseignes et les escuz là où l'asanblée doit estre, et voient jà montez les plusors des chevaliers touz armez et por courre lor chevaus aval la praierie. Et voient les paveillons tanduz d'une part et d'autre. Et misires Gauvains s'areste et li V chevalier desouz un arbre et voient que chevalier asanblent et d'une part et d'autre. Uns des V chevalier qui èrent avec lui li fist connoistre le seignor des Mores et le frère au chevalier au vermeil escu qui avoit non Chaos li rois. Tantost conme li tornôiemenz fu assanblez, misires Gauvains et li chevalier viennent à l'asanblée, et misires Gauvains s'an vet à un chevalier galois et le porte à terre, et lui et le cheval, tout en I mont. Et li V viennent après à grant eslès et abatent chaucuns le sien et c'esbaudissent mout por monseignor Gauvain. Chaois li rois voit monseignor Gauvain, mès il nu connoisl pas; il vet vers lui de plein eslès et misires Gauvains le reçoit au fer de son glaive et le hurte si durement qu'il li brise la chenole du col et li fet voler le glaive des poinz. Et misires Gauvains cerche les renz et d'une part et d'autre, et ne trouve ne n'ancontre chevalier devant li an sa voie qu'il ne meste jus du cheval ou qui ne soit navrez, ou par lui ou par les V chevaliers, qui moignent mout grant joie de ce que il li voient feire. Il li monstrent le seignor des Mores qui venoit à mout grant route de gent. Il vet cele part à grant
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eslès. Si s'antrefièrent de lor glaives si aïréement qu'il les arçonent et péçoient et s'antrehurtent si durement des chevaus et des cors que li sires des Mores pert les estriex, et est brisiez li arçons derierres, et chiet à terre par desus la croupe del cheval, si que li coinz de son hiaume fiche pleine paume en la prée. Et misires Gau vains prent le cheval, qui mout estoit riches et bons,- maugré toute sa gent, et le donna à un des V chevaliers, et cil le fej mener el chastel de Kamaaloth par un vallet. Misires Gauvains cerche les rans d'une part ët d'autre et fet tant d'armes conme nus cheva- liers péut plus feire méime; li V chevalier ceillent grant hardement et firent plus d'armes, cel jor, que il onques mès n'orent fet. Car il n'i ot celui au moins qui n'oit chevalier abatu et cheval gaeingnié. Li sires des Mores fu remontez desor son riche cheval, et ot grant vergoingne de ce que misires Gauvains I'ot abalu. Il choisit mon- seignor Gauvain et vet vers lui grant aléure et cuide vengier sa honte. 11 s'antreviennent de grant eslès, et misires Gauvains le fiert du tronçon qui li estoit remés enmi le piz, si qu'il Fesquartèle tôt. Et U sires dès Mores rebrise son glaive sor lui. Misires Gauvains trait l'espée el gièle le tronçon à terre, et li sires des Mores fet ense- ment et conmande à sa gent qu'il ne se mellent d'eus deus ; car il ne trova onques chevalier qu'il ne conquist. U se donent granz cox sor les hiaumes, si que les estancèles en volent et les espées usent. Li cop monseignor Gauvain sont greignor que li autre, car il les done si granz et si orribles que le sa ne raie au seignor des Mores parmi la bouche et parmi le nés, si que li haubers an est touz sanglanz; et ne peut plus andurer, ainz fiance prison à monseignor Gauvain qui mout en est liez, et li V chevalier ense- ment. Li sires des Mores vet descendre à sa tente et misires Gau- vains avec lui et descent, et misires Gauvains prant le cheval et dit à un des V chevaliers : « Gardez-le-moi. » Et tuit li chevalier sont repeirié an lor tentes, et s'aedrdent tuit et dient tuit que li chevaliers au vermeil escu et à l'eigle d'or Ta mieuz fet que nos, et demandent au seignor des Mores s'il s'i acorde *, et il dist : c Oïl. »
i Le Ms. dit : acordent.
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t Sire, font-il à roonseignor Gauvain, dont avez-vos le garde an cest chastel à Kamaaloth. » — « Grant merciz, seignors, » fet monseignor Gauvains. Il apèle les V chevaliers et lor dist : c Sei- gnors, je veil que vos i soiez por moi et que vos le gardoiz par le los des chevaliers qui ci sont, » — « Sire, nous le volons bien mout volentiers. » — c Sire, fet monseignor Gauvains au seignor des Mores, et vos doing conrae mon prison à la veve dame qui annuit me herberga. » — « Sire, fet— il, non devez feire. Assanblée de tornoi n'est pas gerre. Por ce ne devez mon cors enprisoner en chastel. Car je sui bien poissans de ma reançon paiier ci. Mès dites-moi quex li vostres nons est. > — «L'en m'apele Gauvain. » . — « Ha, misires Gauvains, je ai meintefoiz oï parler de vos, ne onques mès ne vos vi. Mès, puisque li chastiaus de Kamaaloth est
. en Yostre garde, je vos créant loiaument que, devant un an et un jor, n'ara mès li chastiaus garde de moi ne toute la terre à la dame, ne de moi ne d'autre, là où je l'an puisse destorner, et si le vos fianz devant tous ces chevaliers qui ci sont. Et, se vos volez or ne argent de moi, je vos an donrai à vostre volanté. » — « Sire, fet
-misires Gauvains, gran merciz,je m'an tieng bien atant comme vos an avez dit. » Misires Gauvains prant congié et s'an retorne vers le chastel de Kamaaloth, et an voie par I valet le cheval au seignor des Mores à la fille à la veve dame, qui mout grant joie en fist. Et li V chevalier anmoignent lor gaieng devant eus. Et, quant il vindrent el chastel, a dont fu grant la joie. Se misires Gauvains fu bien herbergiez la nuit el chastel, l'an ne s'an doit pas merveillier. Il conta à la dame conmant li chastiaus estoit en la garde à ces chevaliers. Quant il vint à la matinée, misires Gauvains se parti del chastel et prist congié. Mès il ot avent oïe messe ; car tiex estoit sa coustume. La veve dame et sa fille le conmandent à Dieu, et li chastiaus demeure an greignor garde qu'il nfe l'ot trové.
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ne autre branche del Graal conmance ci, el nom du père et del fil et del seint esperit. Et ce test ci li conles de la mère au Bon Chevalier, et dit que misires Gauvains s'an vet, si conme Diex et aven- ture le moignent, vers la terre au riche roi Pes- chéor. Et antre an une grant forest, touz armez, son escu à son col et son glaive an sa main. Et prie Notre Seignor qui le conseust de cest seint message qu'il a enpris, si qu'il le puisse honorablement achever. Il chevaucha tant qu'il vint à la vespréeà un recet qui estoit anmi la fbrest. Et estoit avironez d'une grant ève et avoit anviron granz pleisseiz de bois, si que à grant poigne povoit Tan choissir la sale qui mout estoit grant. La rivière qui l'avi- ronnoit esloit èveroial, carele ne perdoit son sounon ne son cors, jusqu'au la mer. Et misires Gauvains panssa que c'estoit recet à preudonme; il se trait cele part por herbergier. Si conme il aprou- choit le pont du recet", il regarde et voit un nain séoir sor I estage. Il sailli sus : « Misires Gauvains, fet-il, bien puissiez-Vos venir! » — c Biau douz amis, fet misires Gauvains, bone aventure vos doint Dex! Connoissiez-me-vos donc?» fet-il. t Bien vos connois-je, fet li nains, car je vos vi au lornoiement. En meillor point ne poviez- vos mie venir çoianz, car mi sires n'i est pas. Mès vos i troverez madame, la plus bele et la plus gente et la plus courtoise du réaume de Logres, et si n'a pas encore XX anz. » — t Biaus anmis, fet misires Gauvains, conmanta non li sires du recet?» — tSire, l'an l'apele del petit Gomeret. Je vois dire à ma dame que misires Gauvains vient, li bons chevaliers, et qu'ele face grant joie. » Et misires Gauvains se merveille mout de la joie que li nains li fet, quar il a meintes vileignies trouvées en plusieurs leus, en cors de
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plusors nains. Li nains est venuz en la chambre où la dame estoit « Or tost, dame, fet-il, menez grant joie, car misires Gauvains vient herbergier avec vos. » — c Certes, fet-ele, de ce sui-je raout liée et mout dolanle, liée por ce que li bons chevaliers gcrra çà dedanz, et dolante por ce que c'est li chevaliers u monde que mes sires het plus. Si le reisone por amor de lui, car il m'a dit mein- tefoiz c'onques misires Gauvains ne porta foi n'a dame n'a damoi- sele, qu'il q'an féist sa volanté. » — c Dame, fet li nains, il n'est pas voir quanque l'an dit. *
Atant misires Gauvains antre an la corl et descent, et la damoiscle li vient à rencontre, et li dit : « Sire, à joie et à bone aventure soiez-vos venyz! » — t Dame, fet-il, et vos aiez honor et bone aventure ! » La dame le prant par la main et l'anmoigne an la sale, et le fet asséoir sor une coste de pailles. Et un vallet moinne son cheval establer. Et li nains huche II autres valiez et fet mon- seignor Gauvain désarmer et il i aide mout viguereusement, et fet de Fève aporter por laver ses mains et son viaire. c Sire, fet li nains, encore avez vos tous les poinz enflez des cox que vos recéustes et donnastes au tornoiement. » Monseignor Gauvains ne li respondi noiant. Et li nains antre an la chambre et aporte une robe d'esquarlate forrée d'ermine, et la fet vestir à monseignor Gauvain. Et la viande fu preste, et la table fu mise, et la dame s'assiet au mangier. Il a esgardé la dame maintefoiz por la grant biauté, et, se il voussist croire son cuer et ces euz, il éust tote changiée sa panssée; mès il avoit si son cuer noué et eslaint qu'il ne li leissoit pensser chose qui à vileinie tornast, por le haust pèlerinage qu'il avoit anpris; ainz conmança ces euz à oster d'esgarder la dame, qui de très grant biauté estoit esprise. Après mangier, fu fez li Hz monseignor Gauvain, et il s'apareille d'aler couchier. La dame li dist que bone aventure li donast Diex. Et il li respont ensement. Quant la dame fu an sa chambre, li nains dist à monseignor Gauvain : c Sire, je gerrai devant vos, si vos soulacerai tant que vos soiez endormiz. » — c Gran merciz, fet-il, et Diex le me lest déservir an aucun tens ! » Li nains s'apuie devant monseignor Gauvain sor une couste, et, quant il vit qu'il
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dormoit, il se liève au plus coiement qu'il pot el vient à une nef qui esloit an la rivière qui couroit derière la sale, et antre anz, puis nage contremont la rivière. Et vient à une pescherie où il avoit une sale mout bele an une petite ilète, el l'anclot un braz marins de la rivière. Li jaleus estoit venuz por esbatre et gisoit anmi la sale sour une couche. Li nains ist de . la nef là dedanz et alume plein son poing de chandeles et vient devant la couche. « Quest-ce? fet li nains, dormez-vos? » Et cil s esveille mout effraéement et li demande que il a et dont il vient, t En non Dieu, fet-il, vos ne gisez mie si à eise com fet misires Gauvains. » — « Que savez-vos?» fet-il. c Ju sai bien, fet li nains, car ju leissai ores an vostresale et si cuit qu'il sont couchiez lui et votre famé braz à braz. » — « Gonment! fet-il, je li avoie desfandu qu'ele ne herberjast mon- seignor Gauvain. » — t Par foi, fet li nains, ele li a fet la greignor joie que je li véisse onques mès feire à nullui. Mès hastez-vos de venir, car j'ai grant paor qu'il ne l'anmaint. » — « Par mon chief, fet li chevaliers, je n'irai pas tant con il i soit. Mès ele le conparra, quant il s'an sera alez. » — c Dont iert à tort, ce dist li nains, si conme je cuit. »
IVlisires Gauvains gisoit an la sale, qui garde ne se donoit de ce; il voit que li jorz aparut, biaus et clérs, si s'est levez. La damoisele vient à l'uis de la sale et ne vit pas del nain, si connut bien sa traïson ; elle dist à monseignor Gauvain : c Sire, por Dieu, aiez merci de moi, car li nains m'a traïe. Se vos esloigniez nostre forest et vos ne m'aidiez à rescourre de la doulor que mes sires me fera soufrir, vos i auroiz grant péchié. Gar vos savez bien que je ne doi estre ancourpèe vers mon seignor ne vers autre, par droit, de chose que vos aiez feite vers moi, ne je vers vos. » — c Vos dites voir. » fet misires Gauvains. Atant c'est armez et prant congié à la dame et s'an ist fors du bel recet et s'anbuche an la forest près d'ilec. Atant ez-vos le jalous chevaliers où il vient, lui et son nain. Et antre dedanz la sale. La dame li vient à l'ancontre : < Sire, fet-ele, bien puissiez-vos venir! » — • Et vos aiez, fet-il, honte et maie aventure, comme la plus desloial qui vive, quant vos avez annuit herbergié an mon ostel et an mon lit celui que je plus
resoigne I » — t Sire, fet-ele, an vostre ostel le herbergai-je, mès onques vostre liz ne fu vergondez par moi, ne jà n'iert. » — t Vos maniez, fet-il, conme fause. » Il s'arme tout erramment et fet armer son cheval, puis fet la dame desceindre et despoillier en sa chemise, qui merci li crioit mout doucement en plourant. Il monte sor son cheval et prant sbn escu et son glaive, et fet la dame prandre au nain par les tresces et la fet amener après lui en la forest. Et s'areste desus un lac d'une fonteigne et la fet entrer en • Tève qui sordoit mout froide, et descent et ceilli verges cinglanz an la forest et la conmança à batre et à férir très parmi le dos et parmi les mameles, si que li ruz de la fonteigne en estoit toz sanglanz. Et ele conmança mout haust à crier. Adont primes Toi monseignor Gauvains et se desbuche de là où il estoit et vient celle part grant aléure. « Par foi, fet li nains, vez-ci monseignor Gauvain où il vient. » — c Par foi, fet li chevaliers, or sa-je bien que il n'i ot se viieinie non, et que ce est bien chose prouvée. » Atant est misires Gauvains vcnuz et dist : « Avoi, sire chevaliers, porquoi ociez-vos la meillor dame et la plus loial que je onques véisse? Onques mès ne trouvai dame qui tant m'annourast ; si Tan déussiez savoir mout bon gré ; ne an sa contenance, ne an son parler, ne an soi ne tro- vai-je se tous les biens non, que Tan peut trouver an bone dame et en loial. Si feites grant mal et grant péchié quant vos la maumetez ainsint. Si vos voudroie prier par franchise et par amor que vos li pardonnesiez vostre ire et que vos la méissiez hors de Tève. Et si vos jurrai sor seinz an cele chapele c'onques mal ne vileignic ne li requis, ne talant n'an oi. » Li chevaliers fu pleins de grant ire porce qu'il vit que misires Gauvains n'an estoit pas alez, et une angoisseuse jalousie li alume le cuer et le cors et ancharja har- dement de grant folie et d'outrage, et misireâ Gauvains qui ancor est devant li le meut en greignor errour. Et toutes voies li dit por la péor qu'il ot de li : « Misires Gauvains, fet-il, je l'an oslerai par un convenant que vos jousteroiz à moi et je à vos, et, se vos me povez conquerre, quite sera du meffet et du blasme. Et se je vos conquier, ele an iert ancoupée; tiex en iert li juises. » — c Je ne demant mieuz. » fet misires Gauvains.
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A.tant, fet li chevaliers au nain feire mestre hors la dame du lac de la fonteigne, et la fet séoir en une lande où il dévoient jouster. Li chevaliers se trait arrière por prandre son eslès, et misires Gauvains vient tant conme li chevaus li [peut randre vers Marine le jalous. Et, quant il le voit venir, si eschive son cop , il beisse son glaive et vient à sa famé qui se dementoit mout durement et plouroit conme cele qui coupe n'i avoit, il la fiert parmi le cors et lotit, puis s'antorne, tant con cheval Fan peut* porter, vers son recet. Misires Gauvains voit la damoisele morte et le nain qui s'anfuit grant aléure après son seignor, il le conssuit et le démarche au piez de son cheval tanX qu'il li criève le cuer du ventre, puis s'an vet vers le recet, car il cuide antrer dedanz. Mès il trouva le pont fermé et la porte verrouilliée. Et Marins li escrie : c Geste honte et ceste mésaventure m'est avenue par vos; mès vos le conparroiz encore, se je vif. » Misires Gauvains ne vost pas pleidier à lui; ainz se retrait arrière et revient là où la dame gisoit morte, et la charge desor le col de son cheval toute sanglante. Après l'anporte à une chapele qui estoit defors l'antrée du recet. Puis descendi et le mist dedanz la chapele au plus bêlement qu'il péut, conme cil qui mout an estoit dolanz et correciez. Après, reclot l'uis de la chapele conme cil qui péor ot du cors por les bestes sauvages, et se panssa que l'an la venroit ansevelir et enterrer quant il s'an seroit partiz.
Autant s'an part monseignor Gauvains, moult courreciez, car onques mès chose ne li avint, ce li sanble, dont il li pesast plus au cuer. Et il chevauche, panssis et enbrons, parmi la forest, et voit un chevalier venir la* voie que il venoit, si venoit an sauvage me- nière; il chevauchoit à reculions an mout sauvage menière, ce devant derrière, et avoit les reignes de son cheval très parmi son piz, et portoit le pié de son escu desus et le chief desouz et son glaive ce desouz desuz, et son hauberc et ses choses de fer trousée à son col. Il voit monseignor Gauvain venir toute la foresf, qui mout se merveille de lui quant il le voit, mès cil ne le voit pas, mès il li crie mout haust : c Gentil chevaliers qui là venez, por
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Dieu, oe me feites nul mal, car je sui li Couarz Chevaliers. » — « Par Dieu, fet misires Gauvains, vos ne me sanblez pas home qui Fan doie mal feire. » Et, se ne fust la grant pansée de la grant ire qu'il avoit, volantiers éust ris de sa contenance, c Sire chevaliers, fet misires Gauvains, vos n'avez garde de moi. » Atant s'aproche et le voit anmi le visage, et li Couarz Chevaliers lui. c Sire, fet-il, bien puissiez-vos venir! » — « Et vos autresinl* fet misires Gauvains. A qui estes-vos, sire chevaliers? » — « A la damoisele du char. »— ' « Tant vos ain-je mieuz, » fet misires Gauvains. « Enhaudieus, fet li Couarz Chevaliers, dont n'auré-je garde de vos. » — *Non voir, fet misires Gauvains, soiez tout aséur. » Li Couarz Chevaliers voit Fescu monseignor Gauvain et le connoist : c Ha, sire, fet-il, or sai-je bien qui vos estes. Or descendrai-je et chevaucherai à droit et remetrai mes armes à point. Car vos estes misires Gau- vains, ne nus ne devoit conquerre cel escu se vos non. » Li che- valiers descent et met ses armes à droit, et prie monseignor Gau- vain qu'il s'arest tant qu'il soit armez ; et il si fet mout volantiers et li aïde. Atant ez-vos un chevalier où il vient grant aléure au. travers de la forest connue tempeste, et avoit un escu parti de blanc et de noir. « Misires Gauvains, fet cil, arestez-vos, car je vos des G, de par Marin le jalous, qui por vos a sa famé ocise. » — c Sire chevaliers, fet misires Gauvains, de ce sui-je mout dolanz an mon cuer, car ele n'avoit mort déservie, i - i Ce ne vaut Doiant, fet li Partiz Chevaliers, car je vos en requier la mort. Se je vos conqueir, li torz en est vostres, et, se vos me conquérez, misires tient le blâme et la honte por seue, et si tanra son ostez de vos, se vos m'an leissiez eschaper vif. » — c Ce ne vos vé-je, fet misires Gauvains, car Diex sait bien que je n'i ai coupes. » — « Ha, misires Gauvains, fet li Couarz Chevaliers, ne vos combatez pas, sor ma fiance. Car vos n'aurez jà ne secors ne aïde de moi. » — t J'ai achevées [maintes aventures] fet misires Gauvains, sanz vos; si ferai-je ancor ceste, se Diex m'an voust aidier. » Il s'antre- vienent de plein eslés et brisent lor lances sor lor escuz, et misires Gauvains hurte le cheval et passe outre et abat, tout ensanble, et lui et le cheval. Après, trait l'espée et li cort sus. Et li chevaliers li escrie : c Avoi, misires Gauvains, me voulez-vos donc ocirre?
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je me rant conquis, car je ne vcil pas mourir por autrui folie, et si vos en cri merci. » Misires Gauvains pansse qu'il ne li fera plus mal, car les conmandemanz son seignor doit il bien feire. Il tant ces mains et li fet houmage, de par son seignor, de son recet et de toute sa terre, et devient ces hon.
ixtant s'en part li chevaliers, et misires Gauvains remaint ileques. « Sire, fet li Couarz Chevaliers à monseignor Gauvain, je ne voudroie pas estre si hardiz conme vos estes. Car, se m'ait Diex, s'il m'éust ausint desfié conme il fist vos, je m'an fusse fouiz tantost, ou je li fusse chéuz au piez por crier li merci. » — • Vos ne volez se pès non. » fet misires Gauvains. « Par Saint Jaques, fet li Couarz, i a grant droit. Car il ne vient de gerre se mal non ; ne je n*oi onques plaie ne blecéure, se aucuns rains ne la me fist; et je voi vostre viaire tôt déplaié et navré an plusors leus. Si m'ait Diex, de tel hardiece n'ai-je cuire, et chaucun jor pri-je Dieu que m'an desfande. Si vos conmant à Dieu, car je m'an vois après ma damoisele del char. » — c Vos n'an iroiz mie ainsint, fet misires Gauvains, ains me diroiz ainçois por quoi vostre damoisele du char porte son braz à son col pandu en tel menière. » — c Sire, ce vos dirai-je bien. Ele servi, du seintime Graal, de cele main, le chevalier qui fu en l'ostel le roi Peschéor, qui ne vost demander de quoi ii Graaus servoil; por ce qu'ele en tint le précieus veissei en quoi li glorieus sans dégoûta de la poigte de la lance, si n'en vost nule autre chose tenir jusqu'à cele houre qu'ele revendra el seint leu où il est. Sire, fet li Couarz Chevaliers, or m'an puis-je bien aler, s'il vos plest; et vez-ci mon glaive que je vos doing, quar je n'an ai que feire. » Misires Gauvains le prant, car li siens estoit tronçonnez, et se part du chevalier et le con- mande à Dieu. Et s'an vet grant aléure et misires Gauvains parmi la forest et est mout traveilliez et mout las. Et chevaucha tant que li souleus dut esconser. Et ancontre un chevalier qui s'an venoit au travers de la forest et s'an venoit vers monseignor Gauvain, grant aléure, si conme cil qui estoit fcruz parmi le cors; el crie sor toute la forest : « Conmant avez-vos non, sires chevaliers? » — c Je ai non Gauvains. » — « Ha ! misires Gauvains, fet cil,
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ainsint sui-je navrez en vostre servise. • — c Conmant en mon servise? » fet misires Gauvains. < Sire, je vouloie enterrer la damoisele que vos aportastes an la chapele, et Marins li jalous me courut sus, et me navra en plusors leus, en tel menière que vos véez. Et je avoi jà la fosse feite à m'espée por le cors anterrer, quant il la me toli et l'abandonna as bestes sauvages. Or m an vois ci ilec à une «hapele à un ermite qui est an ceste forest, por moi confesser. Car je sai bien que je ne vivrai pas longuement, car la plaie me gist mout près del cuer. Mès je mourrai plus à eise de ce que je vûs ai trouvé et vos ai monstré l'annui que Tan m'a fet por vos. » — « Certes, fet misires Gauvains, ce poise moi. >
iitant s'an part li chevaliers, et misires Gauvains chevaucha tant que il trouva en la forest un chastel mout bel et mout riche, et encontra un ancien chevalier qui estoit oissuz del chastel por esbatre, et tenoit un oisel sor son poing. Il salue monseignor Gau- vain, et il lui, et li demanda quel chastel ce est, que il voit si bel aparoir. Et il dist que c'est li chastiaus à l'orgeuleuse pucele qui onques ne daigna demander à chevalier son nom. « Et nos qui à lui somes, ne Posons feire por lui. Mès vos seroiz mout bien her- bergiez el chastel, car ele est mout courtoise an autre manière, et la plus bele que Tan sache. Ne oncques an autre manière n'ot seignor, ne onques ne daigna anmcr chevalier, s'ele n'oït dire qu'il fust le meillor chevalier du monde. Et je m'an irai avec vos por courtoisie. » — < Gran merciz, sire. » fait misires Gauvains. Il antrent u chastel andui ansanble et descendent à un perron devant la sale. Li chevaliers prant monseignor Gauvain parmi la main et l'anmoigne contremont et le fet désarmer et li porte un sercot d'esquarlate, fouré de veir, et li fet afubler. Puis amoinne la dame du chastel à monseignor Gauvain, et il se dresce anconlre li : t Dame, fel-il, bien puissiez-vos venir! » — € Et vos, soiez bien venuz, sire, fet-ele. Volez-vos véoir ma chapele? » — t Damoisele, fet misires Gauvains, à vostre pleisir. » Et ele Fi moigne et prant par la main monseignor Gauvain , et il regarde la chapele et li sanble bien c'onques mès n'antra an si bele ne an si riche, et voit 1III sarceuz dedanz, les plus biaus que nus véist onques. Et avoit
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à la destre partie de la chapele III pertuis an I mur, qui estaient tuit avironnez d'or et de pierres précieuses, et voit outre les trois pertuis grant luminaire de cbandeles devant III filatieres qui là estoient. Et fleuraient plus souef que baumes. « Sire chevaliers, fet la damoisele, véez-vos ces sarceus? » — « Damoisele, fet misires Gauvains, oïl. » — c Li III sont fet por les III meillors chevaliers du. monde, et li quarz por moi. Li uns a non mon- seignor Gauvains, et li autres Lanceloz du lac. Je les ain por anmors chaucun par foi. Et li tiers a non Pellesvaus. Celui ain-je plus que les autres II. Et en ces III pertuis sont les reliques mises por amor d'eus. Et or esgardez que je feroie d'eus se lour III chiés estoietot çà dedanz ; et, se je ne le puis feire àus III ansanble, je le ferai aus II ou à l'un. » Ele met la main vers les pertuis, et trait ' une cheville hors, qui fichiée estoit parmi le mur, et un tranchéor d'acier chiet hors, d'acier, plus tranchant que nul rasors; et clot les III pertuis : c Et ainsint lor trancheroie-je les chiés quant il cuideroient aourer les reliques, si sont outre les III pertuis. Après, ferai les cors prandre et mestre les ès III sarceuz et mout riche- ment ennourer et ensevelir, car je ne puis avoir joie d'eus en lor vie. Et, quant la fin de ma vie iert venue, que Diex le voudra, si me ferai mestre el quart sarcueil, et aurai la conpaignie des trois bons chevaliers. » Misires Gauvains ot la parole, si s'en merveille mout durement et voudroit bien que la nuit fu trespassée. Il issent fors de la chapele. La damoisele fet monseignor Gauvain mout honourer cele nuit, et out grant compaignie de chevaliers là dedanz, qui le servoient et qui aidoient le chaste! à garder. Il honorent mout monseignor Gauvain, mès il ne sorent pas que ce fust il, ne il nu demandèrent pas; car ce n'est'oit pas la coutume du chastel. Mais ele savoit bien que il trespassoient parmi la forest souvant, elo avoit conmandé à IIII de ces chevaliers, qui la forest gardoient et les trespas, se nus de ces III chevaliers passast, que il li amenassent sanz contredit; et ele en croislroit à chaucun sa terre.
ires Gauvain fu anuit el chastel trèsqu'à l'endemain et ala la messe oïr en la chapele ainz qu'il se méust. Après, quant il ont oie messe et il fu armez, il prist congié à la demoisele et oissi
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fors du chastcl conme cil qui n'a lalant de plus arestcr. Et antre an la forest et chevauche une grant lieue galesche et trouva II che- valiers séanz en un destor de la forest. Et, quant cil le voient venir, il saillent sus les chevaus tuit armé et viennent contre monseignor Gauvain, les escuz aus cox et les glaives ès poinz. c Sire cheva- liers, font-il, aretez-vos, si nos dites vostre non sanz mantir. » — c Seignors, fet-il, mout volentiers. Mes nons ne fu onques célez puis que Tan le me demandast. L'an m'apele Gauvain, le neveu le roi Artu. » — « Or, çà, sire, bien puissiez-vos cstre venuz; autre demandieûz-nos fors vos; si vendroiz à la dame du mont avec nos, qui mout vos désirre et qui fera mout grant joie de vos, au chastel Orgeillous où ele est. » — Seignor, fet mesires Gauvains, n'i ai loisir de l'aler, car j'ai ail lors ma voie anprise. » — « Sire, font-il, vos i co vient à venir sanz faille, car il nos est ainsint com- mandé que nos vos i maingnons à force, se vos n'i volez venir déboneirement. » — c Je vos ai bien dit que je n'i irai pas. » fet misires Gauvains. Lors saillent avant et le prannent par le fraing et l'en cuident mener à force. Et misires Gauvains se vergoigne et trait l'espée et fiert l'un par tel aïr qu'il li cope le braz. Et li autres let le fraing et s'an tome grant aléure et cil avec, qui afolez estoit. Et s'an vont vers le chastel Orgeilleus et vers l'orgeilleuse pucele del chastel, et li monstrent le doumache qui avenuz lor estoit. « Qui vos a ainssint malbailli? » fet ele. c Certes, dame, misires Gau- vains. » — « Où le trovastes-vos? » — c Dame, font-cil, an la forest, où il venoit vers nos grant aléure et voloit passer le destroit; quant nos li déismes qu'il s'arestast et venist à vos, il n'i vost venir. Nos li féimes force et il trancha le braz à mon cônpaignon. » Ele fet sonner un cor tôt errant, et li chevalier du chastel s'arment et ele lor commande à suivre monseignor Gauvain, et dist qu'ele croistra sa terre et sa garison qui li amenra. Il furent bien XV chevaliers . armez. Ainsint comme il dévoient oissir del chastel, atant ez-vos II gardes de la forest où il viennent, anbedui fu feruz parmi les cors. La damoisele et les chevaliers lor demande qui ce lor « fet, et il dient : monseignor Gauvain qui ce lor a fet, qu'il voloient amener el chastel. — « Est-il loinz? » fet la damoisele. c Oïl, fet-il, IIII granz lieues galesches. » — c Et plus grant folie seroit de
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lui suivre, fet li uns des XVI chevaliers, car nos n'i acroistrons fors nostre honte et nostre doumage; et ma dame Ta perdu par son for fet; car nos savons bien que ce fu il qui çà dedanz jut, se il porte un escu de sinople à une aigle d'or. » — « Oïl, fet li cheva- liers navrez, sanz faille. > — < Dont est-il ce? fet la dame, je le connois bien, car je l'ai perdu par mon orgeil et par mon oustraje, ne jà mès chevalier ne gerra an mon ostel, puisque il soit estranges, que je ne li demande son non. Mès c'est à tart, car i a failli à cetui à toujors mès, se Dex ne le me ramoigne, et par cetui per- drai-je les deus austres. »
A.tant demoure la chace de monseignor Gauvain qui s'an vet et prie à Dieu qu'il li anvoit verai conseil, de ce qu'il a enpris, et qu'il le lest an aucun lieu venir o.ù il puist oïr noveles veraies de l'ostel au roi Peschéor. Ainsint con il le pansoit, il ot un brachet glapir et s'an vient vers lui grant aléure. Si conme il ot aprochié monseignor Gauvain, il met le nés à terre et trueve une trace de sanc parmi une voieerbeuse en la forest, et, quant misires Gauvains vouloit leissier la voie de la . trace del sant, li brachez venoit ancontre et glapissoit. Monseignor Gauvains ne vost gerpir la trace, ains suit le brachet grant aléure, tant qu'il vient anmi la forest, an un marès, et i voit une meson an un marès, viez et ancienne. Il passe après le brachet parJesus le pont qui mout estoit foibles, et avoit grant ève desouz, et vient an la sale qui gaste estoit et ancienne. Et li brachez lest le glatir. Misires GaUvains voit enmi la meson un chevalier qui estoit feruz parmi le piz trèsqu'au cuer, et gisoit ileques morz. Une damoisele issoit hors de la chambre et aportoit le suaire por lui ansevelir. c Damoisele, fet misires Gau- vains, bone aventure aiez-vos! » La damoisele, qui plouroit mout landrement, li dist : < Sire, je ne vos respondrai pas. » Ele vient vers le mort chevalier, et cuidoit que ces plaies li rescreuas- sent à seignier, mès. non feisoient. c Sire, fet-ele à monseignor Gauvain, bien soiez-vos venuz. » — « Damoisele, fet-il, Diex vos doint plus grant joie que vos n'avez. » Et la damoisele dit au brachet : < Je ne vos rouvoie pas cetui amener, mès celui qui cest chevalier ocist. » — « Savez-vos donc qui l'a ocis, damoisele? »
fet misires Gauvains. c Oïl, fet-ele, bien ; Lanceloz du Lac l'ocist en cele forest, de qui Diex ra'achat vengeupe, et de touz ceus de la cort le roi Àrtus, car il nos ont feit maint annui et maint doumache. Mès, se Dieu plest, il an iert ancor mout bien ven- giez, car il a un mout bel fil et je suis sa seur ; si a mout de bons amis. » — « Damoisele, à Dieu vos conmant. » fet misires Gauvains. Atant est oissuz du gaste manoir, et s'an revêt an son chemin qu'il avoit gerpi, et prie à Dieu qu'il li laisl trouver Lancelot du Lac.
f i reconmance une autre branche del Graal, el nom del père et del fil et del seint esperit. Misires Gau- vains s'an vet, et vespres aprouche, et avoit à destre unestroit santierqui li sanblotestre hantez de genz. Il s'an vet cele part, por ce qu'il vit le souleil abeis- sier, et treuve an l'espoisse de la forest une grant chapele. Et avoit un moult biau manoir npr defors. Devant la chapelc avoit un vergier qui clos estoit de baliz de bois et n'avoit pas Testant d'un home de haust. Un hermites, qui mout sanbloit estre preudons, i estoit apoiez et regardoit dedanz le vergier, et feisoit grant jeie d'eures en autre. Il voit monseignor Gauvain, si vet ancontre lui, et monseignor Gauvains descent. « Sire, fet li hermites, bien puis- siez-vos venir! » — « Diex vos oslroit la joie de paradis! » fet misires Gauvains. Li hermites fet son cheval establer a un vallet, puis le prant par la main et le fet séoir dejousle lui, por esgarder le vergier. c Sire, fet li hermites, or véez de quoi je fas joie. » Misires Gauvains esgarde là dedanz et voit II damoiseles et un vallet et I anfant qui gardoient I lion, t Sire, fet li hermites, véez-vos ici ma joie de cesl anfant/ Véistes-vos onques de son aage si bel anfant? » — t Nanil. » fet misires Gauvains. Il s'an vont u vergier séoir, car la vesprée estoit bele el série. Il le fet
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désarmer; après, li aporte la damoisele un sercot de soie mout riche, fourré d'ermine. Et oiisires Gauvains regarde l'anfant qui chevau- choit le lion mout volantiers. c Sire, fet li hermites, nus n'ose garder ne meslroier, se cil anfes non. Et si n'a pas li valiez plus de VI anz. Sire, il est de mout haust lignage, mès il est fiuz au plus cruel home et au plus félon qui soit. Marins li jalous est ces pères, qui sa famé ocist por monseignor Gauvain. N'onques puis, li valiez ne vost éstre avec son père, que sa mère fu morte; car il set bien qu'il l'ocist à tort. Et je sui ces oncles, si le fas ici garder à ces damoiseles et à ces II valez, mès il n'est nule chose qu'il désire tant à véoir conme monseignor Gauvain. Car il doit estre ces homs, après la mort son père. Sire, se vos en savez noveles, si le nos dites. » — « Par foi, sire, fct-il, nouveles en sai-je veraies. Vez- vos là son escu et son glaive, et lui méimes auroiz-vos annuit à oste. » — c Biau sire, esles-vos ce? » fet li hermites. c Ainsint m'apele l'an, fet misires Gauvains, et la dame vi-ge ocirre an la forest, de quoi je sui mout courreciez. »
iau niés, fet H hermites, vez-ci vostre désirier, venez à li, et li feites joie. » Li valiez se part del lion et le fiert d'une courgiée et le moigne en la cave et fet Puis fermer, qu'il n'an puist fors oissir, et vient à monseigqpr Gauvain et monseignor Gauvains le reçoit antre ces braz. « Sire, fet li enfes, bien §oiez-vos venuzî • — t Diex vos croisse hopor ! » fet misires Gauyains. 11 le beise et conjoit mout doucement, c Sire, fet li hermites, cist doit estre vostre hons, ce lui devez-vos aidier et conseillier, car sa mère reçut mort por vos. Cist aura mout grant mestier de vostre aide. » Li enfes s'ajenoille devant lui et li tant ces mains jointes, c Sire, esgardez grant pitié, fet li hermites, il vos offre son oumage. » Et misires Gauvains met ces mains antor les seues. c Certes, fet misires Gauvains, et vostre honor et vostre houmage ai-je mout, et m'aide et mon conseil auroiz-vos toutes les foiz que vos an auroiz mestier. Mès je veil savoir "vostre nom. » — « Sire, l'an m'apele Meliot de Logres. » — < Sire, il dit voir, fet li hermites, car sa mère fu fille à I riche conte du réaume de Logres. *
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Misires Gauvains fa la nuit bien herbergiez et jut an une moût bele roeson et mout riche. Au matin, quant misires Gau- vains ot la messe oïe, li hermites li demande : c Quel part iroiz- voz? 9 et il dist : t Vers la terre au roi Peschéor, se Diex le me veust consantir. » — c Mesires Gauvains, fet li hermites, or vos doint Diex mieuz feire vostre esploit que li austres chevaliers ne fîst, qui devant vos i fu, par quoi les terres sont chéqes an doulor, et li bons rois Peschierres en lenguist. » — « Sire, fet misires Gauvains, Diex m'an laist feire son pleisir! » Atant prant congié, si s'an vet. Li hermites le coumande à Dieu. Et misires Gauvains chevauche tant par ces jornées qu'il esloigne la forest de l'ermi- tage, et treuve la plus bele terre du monde et les plus bêles praierics que nus véist onques; et duroit bien II granz lieues galesches. Et voit une haute forest par devant lui et ancontre un vallet qui venoit cele part, et le voit mout mat et mout sinple. c Biaus anmis, fet misires Gauvains, dont venez-vos? » — c Sire, fet-il, je vien de cele forest là dedanz. » — « A qui estez-vos? » fet misires Gau- vains. « Je sui à un preudonme à qui la forest est. » — « Vos ne sanblez pas estre bien liez. » fet misires Gauvains. « Sire, j'ai droit, fet li valiez, car qui pert son bon seignor, il ne doit pas estre liez. » — c Et qui est vostre sires? » — « Li meillors del monde. » — c Est-il morz? » fet misires Gauvains. « Nanil voir, fet li valiez, car ce seroit mout grant doulor au siècle; mès il ne fu en joie, mout grant pièça. » — c Et conmant a-il non?» fet misires Gauvains. c L'an l'apele, fet-il, Parlui, là où il est. » — « Et où est-il donques? Le porroie-je savoir? » — « Sire, nanil par moi, mès tant vos puis-je bien dire qu'il est en cele forest, mais je ne doi pas le leu ànseigner autrement, ne je ne doi pas chose feire qui soit contre la volonté mon mestre. » Misires Gau- vains voft le vallet de très grant biauté et le voit adès enbronchier vers terre et les lermes chéoir deseuz. Si li demande que il a. c Sire, fet-il, je ne puis avoir joie trèsqu'à cele houre que je soie entrez en un hermitage por m'ame sauver. Car j'ai fet le greignor péchié que nus péust feire, car j'ai ocise ma mère qui réine estoit, por ce soulement qu'ele dist que je ne seroie pas rois après la mort
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mon père, ainz me feroit moine ou clerc, et mes austres frères qui meinnez estoit auroit le réaume. Quant nos pères sot que j'oi ocise ma mère, il se randi en ceste forest et fist un hermitage et gerpi son réaume ; je nç voil pas tenir la terre por la grant desloiauté que je avoie feite, si me sui porpanssez que je doi mieuz mestre mon cors à essil que mes pères, i — c Et conment est vostre non? » fet misires Gauvains. < Sire, je ai non Joseus et sui du lignage Joseph d'Abarimacie; li rois Pelles est mes pères, qui en ceste forest est, et li rois Peschierres mes oncles et li rois del Chastel Morel, et la veve dame de Kamaalot m'ante, et li Bons Che- valiers Par-qui-li-fez 1 est de cest lignage autresint proucheins comme je sui.
ii.tant s'anpart li valiez et prant confié à monseignor Gau- vain, et il leconmande à Dieu et mout an a grant pitié et entre an la forest et s'an vet grant aléure et treuve le riu d'une fonteigne qui couroit par grant ravine, et avoit près d'ilec une voie qui mout estoit hanlée. Il gerpi sa grant voie et s'en vet tout le ru de la fon- teinne qui li dure une grant lieue plénière, tant qu'il choisi une mout bele meson et une mout bele chapele qui mout estoit bien close de haie de bois. Il garde par defors à l'entrée, desouz un petit arbre et il i voit un des plus biaus home seoir qu'il éust onques mès véu an son auge. Et estoit vestuz conme hermites, blanche la teste et la barbe chanue, et tenoit sa main à sa meisele, et feisoit tenir à I vallet un destrier mout bel et fort et grant et un escu au souleil, et resgardoit un hauberc et unes chauces de fer qu'il ot feites devant lui aporter, et, quant il voit monseignor Gauvain venir, si se dresa ancontre lui et li dist : < Biau sire, fet-il, chevauchiez bêlement et ne nos feites pas noise, car nos n'avons mestier de pis avoir que nos avons. » Et misires Gauvains s'areste et li preudons li dist : < Sire, por Dieu, ne le tenez â vileinie, car je vos proiasse mout volentiers de herbergier se je n'éusse
» Ou plutôt : Par lui fez : qui s'est fait par loi-mémo. Voir pag. 63.
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essoigne, mès uns chevaliers gist là dedanz malades que l'en tient au meillor chevalier del monde. Si ne voudroie pas qu'il éust nul chevalier en cest porpris, car il se leveroit, jà si deshaitiez conme il est, ne ne le porroit nus garder ne retenir qu'il ne s'armast et qu'il ne monstast sur son cheval et qu'il ne joustast à vos ou à autre, s'il estoit ci, si l'an porroit bien de pis estre. Et por ce, le gardé-je çà dedanz si an recoi que je ne veil qu'il voie ne vos ne autrui, car ce seroit grant doumage au siècle s'il inouroit si tost. » — « Sire, fet misires Gauvains, conmant a-il non? » — « Sire, fet-il, il c'est fez par lui méime et por ce l'apelé-je : Parfez, par chierté et par anmor. > — « Sire, fet misires Gauvains, poroit-il estre en nule manière que je le voisse ?» — « Sire, fet li hermites, je vos ai bien dit que nanil, nuz hons estranges ne le verra jâ çoianz, devant cele houre qu'il iert sains et en joie. » — « Sire, fet misires Gauvains, feriez-mi-vos en nule manière de ce que je vos diroie? » — « Certes, sire, il n'est nule riens u monde que je li déisse s'il ne m'apeloit avant. > Mout est dolanz misires Gau- vains de ce qu'il ne peut parler au chevalier. « Sire, fet-il à l'er- mite, de quel aage est li chevaliers et de quel lignage? » — « Du lignage Joseph d'Abarimacie, le bon sodoiier. »
IXtant ez-vos une damoisele qui vient à Fuis de la chapele et apele l'ermite mout bas, et li hermites se liève et prant congié à monseignor Gauvain et clos Fuis de la chapele, et li valiez enmoine le destrier et anporte les armes ià dedanz et referme le potiz de la meson. Et misires [Gauvains] remeint defors et ne sel de voir se il est fiuz à la veve dame, car il sont maint bon d'un lignage. U se part touz esbahiz et rantre en la forest. Li esloires ne raconte pas toutes les jornées qu'il Gst. Ainz vos veil dire à bries paroles que il erra tant par terres et réaumes que il trouva une terre mout bele et mout riche et un chastel el mileu séant. Il s'an vet cele part et aproche del chastel et le voit avironé de granz murs et voit l'antrée del chastel mout fors. Il esgarde et voit un lion enchaenné
* En recoi, plus sonfent à recoi, en secret.
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qui se gisoit cnmi l'antrée de la porte, et estoit fichiée la cbeanne el mur. Et voit de chaucune partie de la porte II vileins de cuivre marssis, qui fichiez estoient el mur et descochoient, par anging, quarriaus d arbalesle, par grant force et par grant aïr. Misires Gau- vains n'ose aprochier la porte, por ce qu'il voit 1 le lion à la porte et itiex genz. Il esgarde desuz le mur amont et voit une manière de gent qui sanbloient estre de seinte vie, et i vit provoires revestuz d'aubes et chevaliers chanus et enciens qui vestuz ièrent ancienne- ment. Et en chaucun quernel du mur avoit une croiz et une cha- pele; desus le mur par là où l'en venoit d'une grant sale qui el chaste! estoit ravoil une chapele, et avoit desuz la chapele une croiz haute et de chaucune part de cele croiz an ravoit une, qui un poi plus basses estoit, et desuz chaucune croiz avoit une aigle d'or. Li provoire et li chevalier furent desor les murs et s'aje- noilloient par devers cele chapele et regardoient vers le ciel, et menoient grant joie, et sanbloit bien qu'il véissent Dieu el ciel, o sa mère. Misires Gauvains les regarde de loing, car il n'ose aprouchier le chastel por ceus qui descochent si durement que nus arme ne le poiroit desfandre; il ne voit voie à destreneà seneslre, se il ne relorne arrière; il ne set que* feire, il regarde devant lui et voit un provoire oissu fors de la porte. « Biau sire, fet misires Gauvains, bien soiez-vos venuz ! » — c Et vos aiez bone aventure, fet li preudons. Que plest-vos? » — « Sire, fet misires Gauvains, s'il vos pleisoit, je vos voudroie prier que vos me dèissicz quel chastel c'est ci. » — « C'est, fet-il, l'antrée de la terre au riche roi Peschéor, et çà dedanz conmance l'an à feire le service du saintisme Graal. » — « Dont me soufrez, fet misires Gauvains, que je puisse outre passer, car vers la terre le roi Peschéor ai-je la voie emprise. » — t Sire, fet li prestres, je vos di por vérité que vos ne poez entrer el chastel, ne aprouchier de plus près le seint Graal, se vos n'aportez l'espée de quoi seint Jeanz fu déco lez. » — « Quoi, fet misires Gauvains, dont seroie-je malbailliz?» — «Vos m'an povez bien croire atant,
1 Le Mi. porte : voient.
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fet li prestres, et si tos di que li plus fel rois mescréanz qui vive Va. Mès se vos aportez l'espée, ces te antrée vos sera abandonée et fera l'en grant joie de vos» en toz les leus où li rois Peschierres a povoir. » — c Dont me couvient-il retorner arrière, fet misires Gauvains, de quoi je doi estre moût dolanz. » — - c Non devez, fet li prestres, car se vos aportez l'espée et nos la conquérez, dont saura bien que vos estes dignes de véoir le seint Graal. Mès sou- viègne vos de celui qui ne vost demander de quoi il servoit. » Misires Gauvains s'an part atant, si dolanz et si panssis qu'il ne li souvient demander an quel terre il trouvera l'espée, ne conment li rois a non qui l'a. Mès il an saura nouveles quant Dieu pleira.
JU'estoire nos dit et tesmoigne que il chevaucha tant que il vint defors un tertre, et estoit li jorz mout biaus et mout clers. Il esgarde devant soi devant une chapele et voit I grant borjois séoir sour un grant destrier qui mout iert riches et biaus. Li bor- jois choisit monseignor Gauvain et vient ancontre lui et le salue mout hautement, et monseignor Gauvains, lui. « Sire» fet monsei- gnor Gauvains, Diex vos doint joie ! » — « Sire, fet li preudons, mout sui dolanz de ce que vos avez si meigre cheval et si des- charné. Avenist bien à si preudonme conme vos sanblez estre qu'il fust mieuz anchevauchiez. • — c Sire, fet misires Gauvains, je ne le puis or amander, ce poise moi. Je aurai autre quant Dieu pleira. > — « Biau sire, fet li bourgois, quel part devez-vos aler? » — «le vois querre l'espée de quoi li chiés seinz lehans Bautistes fa décolez. > — c Ha ! sire, fet li borgois, vos alez en trop grant péril : uns rois qui ne croit pas en Dieu l'a, qui mout est fel et mout cruel. Si a non Gurgalanz et meinz chevaliers sont par ci passez, qui por l'espée i aloient, qui onques n'an revindrent. M£s, se vos me vouliez créanter que, se Diex vos dônnoit l'espée conquerre, que vos par ci revendriez et la me montreriez au revenir, je vos donroie cest destrier, qui mout est riches, por le vostre. » — c Feriez? fet misires Gauvains, dont estes-vos mout cortois, car vos ne me connoissiez. » — c Certes, sire, fet-il, vos me sanblez estre si preudons que vos me tanrez bien ce que vos m'avez en convant.» — c Et je le vos créant tôt ainsint, fet misires
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Gauvains, que, se Diex la me lest conquerra, je la vos montrerai au revenir. »
Autant descent li borjois et monte sor le [cheval] monseignor Gauvain, et misires Gauvains sor celui, et prant congié au borjois et s an vet, et entre an une mout grant forest outre la cité, et che- vauche tresqu'à souleil couchant, qu'il ne treuvc ne chastel ne cité. Et Ireuve un pré anmi la forest, mout large, et coroit outre si conme li ruissiaus d'une fonteinno parmi. Il esgarda au pié de la prée mout prés de la forest et voit une tante mout large dont les cordes esloient de soie et li peisson d'ivoire, fichié an terre, et li poumel d'or, et avoit desour chaucun un aigle d'or. La tante estoit blanche anviron et li festes par desus estoit d'un mout riche drap de soie autretel conme vermeus samiz. Misires Gauvains s'an vet cele part et descent devant Puis de la lente et abat à son cheval le freing et le lest pestre de l'erbe, et apuie son glaive defors la lente et son escu, et prant garde dedanz et voit une couche mout riche d'un drap de soie et d'or, et avoit desodz un dras déliez aulresi conme cheinsil et pardesuz un couvertor d'ermine et de veir sanz goûte <Ti>r. Et avoit au chevez II oreilliers si riches que nus ne vit onques si biaus, et rendoient une odor si grant qu'il sanbloit que la tente fust an- baumée. Et avoit anviron la couche, riches dras de soie eslanduz par terre. Et avoit d'une part et d'autre du chevez II sièges d'ivoire, et avoit desus II cousins de pailles, mout riches, et avoit aus piez de la couche, an sus du lit, deus chandelabres d'or où il avoit II granz cierges. Si avoit une table mise anmi la tante, qui toute estoit d'ivoire, bandée d'or à riches pierres précieuses. Et estoit desus la table la nape estandue et li tailléour d'argent et li coutel au manche d'ivoire et li riches veisselemenz d'or. Misires Gau- vains voit la riche couche, si s'asiet desus toz armez enmi, et se merveille por quoi icele tente est si richement apareilliée et plus de ce qu'il n'i voit anmè. Si conme il meimes se voloit désarmer,
Atant ez-vos un nain qui entre an la tante et salue mon- seignor Gauvain, puis s'ajenoille devant lui et le vouloit désarmer. Lors souvint à monseignor Gauvain par qui la' dame fu ocise :
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t Biau douz amis, traez-vos en. sus de moi, car je ne me veil ores pas désarmer. > — « Sire, fet li nains, si ferez séu rement, car ▼os n'ayez garde jusqu'à demain, ne vos ne fustes onques plus richement herbergiez que vos seroiz ennuit, ne plus honorée- ment. » Dont se conmance misires Gauvains à désarmer, et li nains li aide. Et, quant il fu désarmez, il met ces armes près de ia couche et c'espée et son escu et son glaive couché dedanz la tante, et li nains prant I bacin d'argent et une touaille blanche, et fet à monseignor Gauvain laver ses mains et son viaire. Après desferme un cofre mout bel et trait fors une robe d'un drap d'or fourré d'ermine et le fet à monseignor Gauvain vestir. « Sire, fet li nains, ne soiez pas an maleise de vostre destrier, car vos le raurez le matin à vostre lever, je Panmenrai por estre plus à eise mout près de ci, et puis m'an revenrai à vos. » Et misires Gauvains li ostroie. Atant ez-vos II valiez qui aportent le vin et les viandes sor la table et font monseignor Gauvain asseoir au mengier, et ont granz teurcis alumez sor un grant chandelabre d'or, et s'an partent tantost. Que que misires Gauvains menjoit, atant ez-vos II damoiseles qui vien- nent an la tente et le saluent mout hautement. Et il respont au plus bel qu'il sot. « Sire, font les damoiseles, or vos doint Diex demein force et povoir d'abatre la mauveisse coustume de ceste tante ! » — t I a-il donc mauveisse coutume, damoisele?» fet-il. t Oïl, sire, trop vileigne dont il me poisse mout, mès vos me sanblez bien che- valier por l'amander, à l'aide de Dieu. >
XJLtant s'est levez de la table et un des valiez fu apareilliez qui les napes osta. Et les II damoiseles le prannent par la main et le moignent hors de la tante et s'asiéent enmi le pré. « Sire, fet l'ainnée, conmant avez- vos non? » — c Damoisele, fet-il, je ai non Gauvain. » — « Tant vos amons-nos mieuz, car savons nos bien que la vileinne coustume de la tante iert ostée, par un couvant que vos choissiroiz annuit laquele qui mieuz vos pleira de nous deus. » — c Damoisele, grant merciz. » fet-il. Atant se dresce, car tra veillez estoit, si se traist vers la couche et les damoiseles le ser- vent et aident à son couchier. Et quant il fu couchiez, eles s'assiéent devant lui et ont le cierge alumé, et s'apuient sor la couche et li
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presantent mont lor servise. Misires Gauvains ne lor respont autre chose que : « granz merciz > ; car il panssa à dormir et à reposer, c Par Dieu, fet Tune, à l'autre, se ce fust monseignor Gauvains, li niés le roi Artu, il parlast à nos autrement, et trouveissions en lui plus de déduit que en cestui. Més cist est uns Gauvains contrefez; malement est emploiée l'anor que Tan li a feite. Cai chaust, il en paiera demein son escot. »
iltant ez-vos le nain où il vient : « Biaus anmis, font-eles, gardez-nos bien cest chevalier qu'il ne s'an fuie, ainssint va il d'ostel an ostel par truendisse, si se fet apeler mesire Gauvain, més il ne le sanble pas. Quar, se ce fust il, et nos voussisions veillier II nuiz, si veillast-il ou III ou IIII. » — c Damoisele, fet li nains, il ne s'an peut fouir, s'il ne s'an vet à pié, car ces che- vaus est an ma garde. » Et misires Gauvains ot bien que lès damoi- seles dient, més il ne lor respont mot. Atant s'an partent et dient que maie nuit li ostroit Diex, conme à mauveis chevalier et à failli et à recréant, et conmandent au nain qu'il ne se meuve an nule fin. Misires Gauvains dormi la nuit mout poi, et, tantost comme il vit le jor, si se leva et trouva ces armes prestes et son cheval qui li fu amenez touz anselez defors la tante. Il s'arma le plus tost qu'il peut et li nains li aïde et li dist : » Sire, vos n'avez pas no* damoi- seles servies à gré, eles se pleingnent trop de vos. > — « Ce poisse- moi, fet misires Gauvains, se je l'ai déservi. » — c Ce est grant doumache, fet li nains, quant si biaus chevaliers con vos estes est si mauveis conme eles dient. > — c Eles diront lor pleisir, fet-il, car c'est droit, le ne sai à qui merci randre del bon ostel que j'ai éu, fors qu'à Dieu, et, se je véisse le seignor de la tante ou la dame, je les en merciasse mout. »
jLjJant ez-vos II chevaliers où il viennent par devant la tante, sor lor chevaus, tuit armez, et voient monseignor Gauvain qui estoit montez et avoit son escu à son col et son glaive an son poing, conme cil qui s'an cuidoit aler sanz plus feire. Et li che- valier li viennent devant, c Sire, font-il, aquitez vostre herber- gement. Nos nos en mesaiesames erssoir por vos et vos leissames la
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tante et quanque il i avoit à bandon, et vos vos en voulez aler en tel menière. » — t Que vos plest que je face? » fet misires Gau- vains. « Il vos couvient déservir notre viende et l'anordela tente. »
Atant ez-vos les II damoiseles qui viennent, qui mout èrent de grant biauté. « Sire chevaliers, font-eles, or verrai se vos estes le niés le roi Artu. » — « Par foi, fet li nains, je ne cuit pas qu'il doie oster la mauveise coutume par quoi nos perdons la venue des < chevaliers. Et, s'il le povoit feire, je li pardonroie mon mautalent. » Misires Gauvains s'ot ranponner autresi la nuit conme le jor *, si en ot grant vergoigne. Il voit qu'il ne s'an peut partir sanz meillée. Li I des chevaliers se trait arrières et fu descenduz, et li austres estoit sor son cheval touz armez, son escu à son col et son glaive enpoing- nié. Et vient vers monseignor Gauvain de plein eslès et misires Gau- vains vers lui, qui le fiert de si grant aïr qu'il li perce son escu et li ajoute son escu aus braz et le braz ancoste, et li enferre son glaive el cors et le hurte si durement qu'il l'abat à terre, lui et son cheval tôt as anblée. * « Par mon chief , véez misires Gauvains li con- trefez, li mieux fez hui qu'il ne fu erssoir ! » Il sache son glaive à lui el trait l'espée et li cort sus, quant li chevaliers li crie merci et dit qu'il se tient à conquis. Misires Gauvains se porpansse qu'il fera et se regardent les damoiseles. « Sire chevalier, fet l'ainnée, vos n'avez garde de l'autre chevalier trèsqu'a celle oure que cist iert ocis, ne la mauveise coustume ne peut estre ostée tant conme eist soit an vie. Car il est sires de l'autre, et por la vileinne coustume n'i vint il chevalier mout a grant pièce»» — «Or oez, fet li chevaliers, la grant desloiauté de lui; il n'est riens u monde qu'ele anmast autant par sanblant con ele feissoit moi. Or m'a ma mort jugiée. » — « Ancor, le vos di-ge bien, fet-ele, qu'ele n'an iert jà ostée s'il ne vos ocist. » Atant misires Gauvains li liève le pan del hauberc et li boute l'espée el cors. Atant ez-vos le chevalier mout iré et mout dolanz et plein de grant ire por son conpaignon qu'il voit mort, et
i II faudrait : Àotreai le jor conme la nuit.
* U faut saas doute ajouter ici comme plot loin : AtatU s'eêtrie li nains.
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vient de grant aïr à monseignor Gauvain et monseignor Gauvains à lui et s'antrefièrent si durement qu'il percent lesescuz et percent les aubers, et rompent la char des costez au fer des glaives, et s'antre- heurtent si durement li cors des chevaus et des chevaliers que li arçon froissent et li estrier estandent et les cengles ronpent et li darrié arçon brisent, et li glaive tronçonnent, et li chevalier chiéent à la terre si très durement que li sanz lor vole parmi les bouches et parmi lés nés. Au chéoir que li chevaliers fist, misires Gauvains li brise la canole du col au hurter. Atant c'escrie li nains : t Damoisele, vostre Gauvains bestornez le fet bien. » — c Nostre Gauvains iert il, font-eles, s'an lui ne remaint. » Misires Gauvains se trait an sus del chevalier et vient vers le cheval et leissast le che- valier mout volentiers vivre se ne fust por les damoiseles. Car li chevaliers li crie merci, et misires Gauvains en a mout grant pitié, et les damoiseles li crient : « Se vos ne l'ociez, la vileinne cous- tume n'iert pas chéue. > — « Sire, fet la mainnée damoisele, se vos le voulez ocirre 1, an la plante de son pié de vostre espée, car autrement ne morra il jà. » — t Damoisele, fet li chevaliers, vostre amor m'est tornée à honte, ne jà mès chevalier ne devroit avoir fiance an amor à damoisele. Mès Diex en gart les austres qu'eles ne soient tiex ! » Misires Gauvains se merveille de ce que la damoisele li dist et se trait arrières, et a grant pitié del cheva- lier et vint d'autre part là où fu ces chevaus alez et prist la sele à l'autre chevalier mort et la met sor son cheval et le retrait; et li afolez chevaliers fu remontez et li nains li ot aidié, et fuit vers la forest grant aléure. Et les damoiseles c'escrient : « Misires Gau- vains, vostre pitié nos occira huit an cest jor. Quar li chevaliers sans pitié s'an vet por secor et si nos eschape, nos serons morte et vos autresi. >
IXtant saust misires Gauvains sor son cheval et prant un glaive qui estoit apuiez à la tante et consuit le chevalier si qu'il l'abat à terre. Après, li dit : c vos n'an povez aler an avant. » —
i II faut sani doute ajouter ici : férez-k.
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€ Ce poise-moi, fet li chevaliers, car je fusse vengiez ainz la nuit de vos et des damoiseles. > Et misires Gauvains treit l'espée et li fiche an la plante del pié, pleinne paume, et li chevaliers c'estant et meurt. Et misires Gauvains revient arrière et les damoiseles li font grant joie et distrent que jà mès autrement ne fust la mauveise coustume ostée. Car, se il s'an fust alez, tous fust à recommencier, car il est de tel manière, car il fu du paranté Achilles, car tuit li ancessor ne porent oncques mourir autrement. Et misires Gau- vains descçnt et les damoiseles prannent garde à la plaie de son cote], et il dit que il n'a garde. « Sire, font-eles, ancore vos offrons-nos nostre servise, car nos savons bien que vos estes bons chevaliers. Recevez à enmie lequele que vos voudroiz. » — t Grant merciz, damoiseles, fet misires Gauvains, vostre amor ne refus-je pas et à Dieu vos conmant. » — « Conment, font les damoiseles, vos an iroiz-vos ainsint? Certes, roieuz vos vendrait htiimès séjorner an cesle tante et aeisier. » — « Il ne peut estre, fet-il, car je n'ai loisir du demourer. » — « Leissiez Tan aler, fet li meignée, car ce est li plus fox chevaliers del monde. » — « Par mon chief, fet Teinnée, ce poise-moi quant il s'an va. Car mout me pléust sa demourance. » Atant s'an part misires Gauvains et est remontez sor son cheval, puis est entrez an la forest.
ne autre branche dit que Josephus nos raconte et tesmoigne del seint Graal et nos conmance ci el nom del père et del fil et del saint-esperit. Misires Gauveins chevaucha tant que il vint an une foi est, et voit une terre mout bele et mout riche, an un grant anclos de mur, et de quoi la terre et le pais durait mout loing la clôture. Il vient cele part et n'i voit que une entrée là dedanz et voit le plus biau pais que nus véist onques et le miex garni, et les plus biaus vergiers. Li
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païs n'estoit pas larges plus de mi lieues galesches, et a?oit anmi une tor sus une roche haute. Et avoit une grue en haust qui là guettoit et crioit quant nus- hons estranges antroit u païs. Misires Gauvains chevauchoit parmi la terre, la grue c'escria haust, si que li rois de Gales l'oï, qui sires estoit de la terre. Atant ez-yos II chevaliers qui viennent après monseignor Gau- vain et li dient : « Sires chevaliers, arêtez-vos et venez parler au roi de cest païs, car nus chevaliers estranges ne passe parmi sa terre qui ne le voie. > — « Seignor, fet misires Gauvains, je ne savoie pas la coustume, je irai volantiers. » Il Tan moinent an la sale où li rois estoit, et descent misires Gauvains et lait son escu et son glaive apouié à un perron et monte an la sale. Li rois fet grant joie de lui et li demande où il ira. « Sire, fet misires Gauvains, en un païs où je ne fui onques. » — c Je sai bien, fet li rois, où ce est, puisque vos passez parmi ma terre. Vos alez an la contrée le roi Gurgalain, por conquerre l'espée de quoi S. Jehanz fu décolez. >
ire, fet misires Gauvains, vos dites voir. Diex me consente que je Taie ! » — «Ce n'iert pas si hastivement, fet li rois. Car vos n'iroiz mès de ma terre devant un an. » — * Ha, fet misires Gauvains, por Dieu, merci î » — « Il n i a autre merci, fet li rois. > U fet tantost monseignor Gauvain désarmer; après, li fet aporter robe por vestir et l'annoure mout. Mès il n'est pas à eise, ainz li dit : < Sire, porquoi me volez- vos tenir ci dedanz si longuement?» — « Sire, por ce que je sa bien que vos auroiz l'espée et ne reven- droiz pas par moi. » — c Sire, fet misires Gauvains, je vos créant que, se Diex la me donne conquerre, je revenrai par vos. > — c Et je vos leirrai partir de moi à vostre volanté. Car je ne désir tant riens à véoir. > Il jut la nuit loianz; l'andemain s'an parti et oissi fors de la terre, mout liez et mout joieuz. Et s'an vet vers la terre le roi Gurgalain. Et antre an nuieuse forest del font et trouva en droit eure de midi une fonleigne qui close estoit de marbre et estoit aonbrée de la forest par deseure autresi conme de feille, et avoit riche pilers de marbre tout environ à litiaus d'or et à pierres précieuses. Eus el mestre piler pandoit uns veisiaus d'or à une
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chaenne d'argent, et avoit anmi la fonteigne une ymage si propre- ment figurée conme se ele fust vive. Lorsque misires [Gauvains] s'aparut à la footeinne, l'ymage se mist en Fève et c'est esconsée. Misires Gauvains deseent et vost prendre le veissel d'or, quant une voiz li escrie : « Vos n'estes pas li bons chevaliers cui l'an en sert et cui l'an en garist. » Misires Gauvains se trait arrière et voit un clerc venir à la fontainne, qui estoit de jeune aage et de blans dras vestuz, et avoit une estole an son braz, et tenoit un veisselet d'or carré; et vient au veisselet qui estoit au piler de marbre panduz et esgarde dedanz et puis reince l'autre veisselet d'or qu'il tenoit, et puis met an l'un ce qu'il tenoit an l'autre.
Atant ez-vos II damoiseles qui viennent, de mout très grant biauté, et avoient blanches vesléures, et lour chiés avoient couvers de blans dras, et aportoient l'une an un veisselet d'or pain, et l'autre an un veisselet divoire vin, et l'autre an un d'argent char; et viennent au veisselet d'or qui au piler pandoit et mestent anz lor aport ; après, l'asiéent desus le piler, puis s'an revont arrière. Mès au râler sanbla à monseignor Gauvain qu'il n'an n'i éust que une. Misires Gauvains se merveilla mout de cest miracle, il s'an vet après le cler qui l'autre veissel d'or anportoit, et li dist : c Biausire, parlez à moi. > — « Que plest-vos? » fet li clers. « Où portez-vous cel veissel d'or et ce qui dedanz est? » — c Àus hermites, fet cil, qui sont an ceste forest et au bon chevalier qui gist chiés son oncle, malade, le roi hermite. » — « Est-ce loing de ci? > fet misires Gauvains. « Sire, oïl, fet li clers, à vostre eus. Mès je i serai plus tost que vos ne seroiz. » — c Par Dieu, fet misires Gauvains, je i voudroie ore estre; si le péusse véoir et parler à lui. » — c le le croi bien, fet li clers, mès n'an est ores mie leus. » Misires Gauvains prant congié, et s'an vet et chevauche tant qu'il treuve un hermitage et voit Termite par defors. Il fu vieuzet chanuz et de bone vie. c Sire, fet-il à monseignor Gauvain, où iroiz-vos? » — t An la terre le roi Gorgalan ; sire, est-ce la voie?» — « Oïl, fet li hermites. Mès mainz chevaliers ont passé par ci qui onques n'an revindrent. » — « Est-ce loinz? » fet-il. c II et sa terre est près de ci, mès li chastiex est loinz, où l'espée
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est. » Misires Gauvains jut la nuit là dedanz. L'anderoain, quant il ot oïe messe, s'an parti, et chevaucha tant qu'il vint an la terre le roi Gorgalan, et ot les genz de la contrée démener mout grant deul. Et ancontre un chevalier qui s'an venoit grant aléure à un chastel.
< Sire, fet misires Gauvains, porquoi font les genz de cest chastel tel deul, et de tout cest païs et de toute ceste contrée? Car je les oi plourer et batre lor paumes de toutes parz. » — « Sire, fet-il, ju vos dirai. Li rois Gorgaranz si n'avoit que un sol fil, si li a tolu un jaianz qui mainz maus li a fet et mout de sa terre gastée. Or a fet li rois crier partout, qui son fil li porroit raporter et le jaiant ocirre, il li donroit la plus bele espée del monde que il a et tout de son trésor conme il an voudroit prandre. Or ne treuve il chevalier si hardi qui aler i ost; et blasme plus assez sa loi que la loi aus crestians, et dit que s'aucuns crestians venoit en sa terre, qu'il le recevrait. » Misires Gauvains est mout joieuz de ces nou- veles e( se part del chastel et chevauche tant que il vient au chastel au roi Gorgalan. Les noveles viennent au roi qu'il a un chevalier crestien venu en son chastel. Li rois an moine grant joie, puis le fet venir devant lui et li demande conment il a non et de quel terre il est. « Sire, fait-il, j'ai non Gauvain et si sui de la terre le roi Arlus. » — € Vos estes, fet-il, de la terre au Bon Chevalier. Mès je n'an puis trouver an la moie terre qui ost mestre conseil an un mien afeire. Mès, se vos estes de tel valor que vos i vosissiez mestre conseil, je le vos gerredoneroie mout bien. Uns jaianz en a porté mon fil que je mout amoie, et, se vos voliez mestre vostre cors en aventure por mon fil, je vos donroie la plus riche espée c'onques fust forgiée, de quoi li chiés S. Jehanz fut décolez ; ele est sanglante chaucun jor en droit midi, por ce que li preudons ot à icele heure le chief copé. » Li rois li fet aporter l'espée et li montre le feure premièrement, qui touz estoit chargiez de pierres pré- cieuses, et les renges estoient de soie à boutons d'or, et l'anheu- déure antretele, et li poumiaus estoit d'une seintime pierre sacrée que Énax, uns haus emperères de Roume, i fist mestre. Puis, la traist hors li rois del feure, et l'espée en ist toute sanglante, car il
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- estoit eure de midi. Et la fist tenir devent monseignor Gauvain tant que l'eure fu passée; lors devint l'espée aatresint clère conme une esmeraude et autresint vert. Et misires la regarde et la couvoite mout plus qu'il ne fist onques mès; et voit qu'ele est autressint grant conme une autre espée, et, quant ele est el feurre mise, si ne sanble pas li feures ne l'espée estre de la longuer de H espanz.
ire chevaliers, fet li rois, ceste espée vos donrai-je et ferai autre chose dont vos auroiz joie. » — « Sire, fet misires Gauvains, et je ferai vostre besoigne, se Diex plest et sa douce mère. » Atant li enseingne la voie par où li jaianz s'an ala et le leu ou il ot son repaire, et misires Gauvains s'an vet cele part et se conmande à Dieu. Les genz du païs proient selonc lor créance por lui, 'que il puist repairier an vie et an santé, car il vet an grant péril. Il a tant chevauchié que il vint à une grant monteigne haute, qui m avironnoit une terre que li jaianz avoit toute gastée, et duroit bien III lieues galesches li clos de la monteigne; et là dedanz estoit li jaianz qui estoit si granz et si crueus et si orribles qu'il ne dotoit nului el monde, ne n'avoit esté requis de chevalier grant tens avoit ; car nus n'osoit cele part àbiter. Et l'antrée de la monteigne estoit si estroite par où l'en aloit à son recet que nus chevaus n'i peut passer, ainz convient à monseignor Gauvain leissier son cheval et son escu et son glaive et passer outre la monteigne à mout grant force; car la voie estoit autresint conme une tranchiée entre pierres aguës. Il est venuz à la pleinne terre et resgarde devant lui et voit un recet que li jaianz avoit sor une roche, et choissit le jaiant et le vallet, où il séoient à la pleinne terre desouz un arbre. Misires Gauvains fu armez et ot c'espée ceinte, et vet cele part; et li jaianz le voit venir, si salli sus et prant une grant hache qui dejoute lui estoit et vient vers monseignor Gauvain touz antesez, et le cuide férir à II mains très parmi le chief. Et misires Gauvains ganchit, qui le haste de l'espée et li done tel cop qu'il li tranche fe braz atout la hache. Et li jaianz retorne arrières quant il se sant afolez et prant le fil le roi par le col à l'autre main et restreint si durement qu'il l'esteint et estrangle et ocit; puis revient à monseignor Gauvain et l'acole et estraint mout durement très
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parmi les flanz et le liève III piez en haust de terre, et l'an cuide porter à son recet qui estait anson la roche. Si conme il s'an aloit, il chiet atout monseignor Gauvain et fu desouz; mès il cuida relever, mès il ne peut; car misires Gauvains H anvoia l'espée très parmi le cuer outre ; après, li trancha la teste, et vient là où li anfes le roi gisoit morz, dont il est mout dolanz; et le cbarcbe à son col et prant la teste du jaiant an sa main et revient là où il leissa son cheval et son escu et son glaive, et est montez et revient arrière et aporte le fil le roi devant lui et la teste del jaiant pandant.
Xji rois et tait cil du chastel viennent ancontre lui à mout grant joie; mès, quant il voient le damoisel mort, si mue lour grant joie en grant deul. Et misires Gauvains descent devant le chastel et présante au roi son fil et la teste del jaiant. « Certes, fel-il, se je le vos péusse présanter vif, je en fusse mout plus joianz. » — c Je vos en croi bien, fet li rois, et, de tant con vos en avez fet, vos sai-je mout bon gré et auroiz vostre gerredon. » Et il regarde son fil, et le regreste mout doucement, et tuit cil du chastel après. Après, fet alumer un grant luminaire enmi la cité et fet feire un grant feu et fet son fil mestre an un veissel d'arein, tout plein (fève, et le fet cuire et boulir à cel feu, et fet pandre la teste del jaiant à la porte.
vouant la son fil fu bien cuite, il la feit détranchier au plus menuement qu'il peut et fet mander touz les haus homes de sa terre et en donne à chaucun tant con ele dure. Après, fet aporter l'espée et la donne à monseignor Gauvain. Il l'an mercie mout. « Encor ferai-je plus por vos, » fit li rois. Il fet mander touz les homes de sa terre an la sale et en son chastel. « Sire, fet-il, je me vueil baulisier. » — c Diex en soit loezî » fet misires Gauvains. Li rois fet mander un hermite de la forestetse fet bau- tisier et ot à non Archis, en droit baptesme; et à touz ceuz qui ne vostrent an Dieu croire, conmanda à monseignor Gauvain qu'il k>r copast les testes.
insint fu bautisiez cel rois, qui sires estoit d'Albanie, par
le miracle Dieu et par la chevalerie monseignor Gauvain, qui del chastel se part à mout grant joie, et ebevaocbe tant qu'il s'an est venuz en la terre au roi de la Gaie et se penssa qu'il s'iroit aquiter sa fience. Il descendi devant la sale, et li rois li fist mout grant joie quant il le voit venir. » Et misires Gau vains li a dit : « Sire, je me vieng aquiter; vez-ci l'espée.» Et li roîs la prant an sa main et la regarde mout volentiers et après en fet mout grant joie et la met an son trésor et dit : « Or i ai-je fet mon désirrier. » — « Sire, fet misires Gauvains, dont m'avez-vos traï? » — « Par mon ehief, dit li rois, nou auroie, car je sui du lignage à celui qui seint leban décola ; si la doi mieuz avoir que vos. » — « Sire, font li cheva- lier au roi, monseignor Gauvains est mout loiaus et mout courtois chevaliers ; si li randez sa conqueste, car vos i auriez grant blasme de lui malfeire. » — « Je li randrai, fet li rois, par tel convenant que la première damoisele de qui il iert requis , quelque chose qu'ele li requière, quelqu'ele soit, ne li soit pas véée. » Et misires Gauvains li ostroie, et par cel ostroi souffri puis mout de ver- goigne et d'angoisse et fu blâmez. de mainz chevaliers. Et li rois li randi l'espée. II jut la nuit là dedanz et au matin, au plus tost qu'il pot, s'an parti et chevaucha tant qu'il vint defors la cité où li bourjois li donna le cheval por le sien. Et li manbra de la cove- nance, si s'areste grant pièce et s'apoie sor l'aresteul de son glaive, tant que li borjois vint. Adonc fet mout grant joie li uns à l'autre, et missires Gauvains li monstre l'espée, et [li borjois la prant et] fiert cheval des espérons et s'an vet grant aléure vers la cité. Et misires Gauvains vet après grant aléure, qui li crie qu'il fet grant vileinie. c Ne venez pas après moi, fet li borjois, en la cité, car ce sont gent de quemune. > Et il le suit après, car il ne le peut aconssuivre defors. Et ancontre là dedanz une grant porcession de prouvoires et de clercs qui portoient croiz et encensiers. Et misires Gauvains descent por la porcession et voit le borjois qui est antrez dedanz l'iglise et la por- cession après, c Seignors, fet misires Gauvains, feites-moi randre la toste que cil bourjois m a tolue, qui est antrez dedanz vostreyglise. » — c Sire, font li prouvoire, nos savons bien que e'est l'espée de quoi seinz Jehanz fu décolez, si la nos aporte li borjois çà dedanz por mestre aveques noz reliques, et dit qu'ele li est donnée. » —
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t Ha, seignors, fait misires Gauvains, non est; ainz li a voie mons- trée por aquiter ma fiance. Et il Fan a aportée vileinement. » Après, lor conte ainsint conme il li est avenu, et li provoire li font randre et il s'an part à mout grant joie, et remonste sour son cheval et est oissuz fors de la cité. Il n'ot alé geires loing quant il encontre un chevalier qui venoit, tout armé, quanque li chevaus li povoit randre, son glaive aloignié. < Sire, fet-il à monseignor Gauvain, je vos aloie aidier, Fan nos avoit dit qu'an vos avoit meffet an la cité ; et je sui del chastel qui secort touz les estranges chevaliers qui par ci passent, puisqu'il ont mestier d'aïde. • — < Sire, fet misires Gauvains, bénéoiz soit li chastiaus ! Ge ne me plein pas del trespas puisque Fan m'a fet droit. Et conment a non li chastiaus? » fet misires Gauvains. < Sire, Fan Fapele le chastel de la Pelote. Si m'an retorne en arrières, puisque vos estes délivres, et herbergeroiz ennuit avec monseignor qui bons preudons est et entiers. » Et il s'an vont ansamble vers le chastel qui mout estoit biaus et bien séanz. Il antrent dedanz, et, quant il furent antrez dedanz, li sires qui séoit desor un perron de marbre avoit II filles mout bêles et les faisoit devant lui jouer d'une peloste d'or, et les esgardoit mout volentiers. Il voit descendre monseignor Gauvain, il vet encontre, si li fet mout grant joie ; après, le fet mener à ces II filles an la sale.
Vouant il fu désarmez, l'en li aporta une mout riche robe et, après le mangier, les II puceles s'asiéent dejoute lui et li font mout grant joie. Atant ez-vos un nain qui ist hors d'une chanbre et tient unes courgiées. Et vient aus damoiseles et les fiert parmi les viaires et parmi les chiés : « Levez sus! fet-il, foies mal en- seigniées! vos feites à celui feste que vos déussiez haïr, quar c'est monseignor Gauvains, li niés le roi Artus, par qui vostre antein fu ocise. i Atant se lièvent, toutes vergoigniées, et s'en vont en la chanbre; et misires Gauvains remaint illec touz esbahiz. Mès lor pères le conforte et lor dit : « Sire, ne vos chaille de chose qu'il vos die! car li nains est nostre mestres, si chastie et enseigne mes filles ; si est irez de ce que vos océistes son frère, que vos océistes le jor que Marins ocist sa famé por vos, dont nous somes mout
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dolanz en cest chas tel. • — c Ainsint sui-je, feit misires Gauvains, mès je n'oi coupes en sa mort ne ele; ausint le set bien Diex veraiemenl. »
Lia nuit jut misires Gauvains u chastel et l'andemain s'an parti, et chevaucha tant par cez jornées que il vint au chastel de ï'antrée de la terre au riche roi Peschéor, et vit que li lion n'es- toient pas an l'antrée, ne li vilein de coivre ne tréoient plus. Et voit à grant porcession les provoires et ceus del chastel venir an- contre lui, et il descent et un vallet fu aparelliez qui prist ces armes et son cheval, et il monstre l'espée à ceus qui contre lui vcnoient. Il estoit eure de midi, il trait l'espée et il la voit toute sanglante; et il l'anclinent et aourent et chantent : Te Deutn lau- damus. A itel joie fu misires Gauvains recéuz el chastel et il remist l'espée el feurre, et la gardoit mout près et ne feisoit pas savoir en touz les leus où il se herbergoit qu ele fust tele. Li pro- voire et li chevalier del chastel font mout grant joie et li prioient mout, se Diex l'avoit mené el chastel le roi Peschéor et li Graaus s'aparoit devant lui, quMil ne fust mie si oyblieus conme li autres chevaliers. Et il respondi que il feroit ce que Diex li anseigneroit.
isires Gauvains, fet li mestres des provoires, qui mout estoit anciens, vos auriez grant mestier de reposer, car vos me sanblez estre mout tra veilliez. > — « Sire, car j'ai mout de choses véues, dont je sui mout esbahiz, ne ne sai que ce puisse estre. • — < Sire, fet li provoire, cist chastiaus est li chastiaus de l'Anqueste, car vos ne demanderoiz chose dont l'an ne vos die la sénéfience, par le témoignage de Joseph le bon clerc et le bon hermite, par qui nos l'avons, et il le set par l'anoncement del seint esperit. » — c Par foi, fet misires Gauvains, je sui mout esbahiz des trois damoiseles qui furent à la cort le roi Artus, si aportèrent les II d'un roi et les deus d'une réine, et si menèrent an un char G et L chics de chevaliers dont li un estoient sééllé an or et li autre an argent et li autre an pion. • — c Voire, fet li prestres, que par la réine estoit li rois traiz et morz, et les chevaliers dont les chiés estoient el char, ele dist vérité si conme Joseph nos tesmoigne, car il nos
dit par remanbrance que par envie fa Adanz traïz et touz li peuples qui après fu et li peuples qui est à venir s'an doudra toujorz mès. Por ce que Adanz fu li premiers hons, l'apele il roi, car il fu nostre père terriens et sa moillier réine. Et li chiés des chevaliers sèéllez an or sénéfient la nouvele loi, et li chief séélé an argent, la viez, et les chiés séélez an pion, la fausse loi des Sarrazins. De ces III ma- nières de genz est establiz li mondes. > — c Sire, fet misires Gau- vains, je me merveil del chastel del noir hermite, là où Tan li toit les chiés touz, et la damoisele me dist que'li Bons Chevaliers les en giteroit touz fors quant il viendroit. Et autre gent qui laienz sont le regrestent. > — c Vos savez bien, fet li près très, que, par la pome que Ève fist mangier à Adam, alèrent autressint an anfer, aussint li bon conme li mauveis; et, por son peuple giter d'anffer devint Diex hons, et gita ces an mis hors d'anfer par sa bonté et par sa puissance; et por ce nos fet Joseph révérance del chastel au noir hermite qui sénéfie anfer, et que li Bons Chevaliers an gitera ceus fors qui dedanz sont. Et vos di que li noirs hermitesest Lucifer qui autresint est sires d'anfer conme il vost estre de paradis. Sire, fet li prestres, ce vost traire por cele sénéfiance li bons hermites por la novele loi en quoi li plusor ne sont pas bien connoissant, si an veust faire révérance par exanple. > — c Par Dieu, fet misires Gauvains, je me merveil mout de la damoisele qui toute estoit chanue et dist qu'ele n'iert chevelue devant cele eure que li Bons Chevaliers aura conquis le seint Graal. > — < Sire, fet li preudons, chaucuns jorschanûe doit ele bien estre, dès dont fu ele bien chanue que li bons rois chéï en langour par le chevalier qu'il herberja, qu'il ne ifist la demande. La chenue damoisele sénéfie Joseu Jose- phus qui fu chanuz devant le crucefiemant Nostre Seignour, ne ne fu cheveluz trèsqu'à icele oure qu'il ot rachetez son peuple par son sanc et par sa mort. Li chevaliers qu'ele moine après lui sénéfie la roe de fortune; car, tout autresint conme li chars vet sor les roueles, demoinne ele le siècle aus II damoiseles qui la suivent. Si le povez-vos bien véoir, car la plus bele ceurt à pié et l'autre estoit sor I mauveis roncin et èrent pourement vestues, et la tierce avoit plus riche ator. Li escuz, où la vermeille croiz estoit, qu'ele